
La rumba congolaise est en deuil. L’un de ses architectes les plus audacieux, Pierre Moutouari, a tiré sa révérence. De Brazzaville à Paris, retour sur l’itinéraire d’un prodige dont la musique continuera de faire trembler le continent.
Ils ne sont pas nombreux, ces artistes qui, à seulement 18 ans, parviennent à capter l’âme d’une génération. Pierre Moutouari était de cette trempe rare. Son destin s’est scellé en 1968 lorsqu’il, tout juste auréolé d’un concours du ministère de la Culture, intègre le légendaire groupe Sinza Kotoko. Ce fut le point de non-retour, transformant l’essai en une révolution musicale africaine.
L’Étoile du Sebène
Moutouari n’a pas seulement joué de la rumba, il lui a insufflé une nouvelle vie, celle du sebène — cette accélération rythmique endiablée — et du Soukouss, dont l’onde de choc s’est propagée à travers tout l’Ouest africain.
Avec des hymnes comme « Vévé » et « Maloukoula », Sinza Kotoko n’était plus un groupe, mais un phénomène. Leur consécration arrive en 1973 : au Festival panafricain de Tunis, face au monument Tabu Ley Rochereau, ils arrachent la médaille d’or. Une victoire symbolique, prouvant que l’audace et l’innovation congolaises pouvaient renverser les géants.
Des Chefs-d’Œuvre Intemporels
Son envol en solo, d’abord en France puis lors d’un retour triomphal au pays, a accouché d’une discographie qui appartient désormais au patrimoine africain. Qui n’a pas vibré au son de « Missengé », pleuré sur « Julienne », ou dansé sur « Aïssa » ? Ces titres ont bercé, consolé et animé des millions de vies, transcendant les frontières et les générations.

Même lorsque la maladie a fini par l’affaiblir, l’engagement de Moutouari est resté intact. Sa dernière décennie fut marquée par un dévouement inébranlable aux autres, notamment auprès des enfants malvoyants de Guinée-Bissau, prouvant que l’art peut être un puissant outil d’humanisme.
Aujourd’hui, la rumba congolaise perd l’un de ses plus brillants architectes, mais son héritage est sécurisé. Porté par sa fille, l’artiste Michaëlle, et par une légion de musiciens qu’il a inspirés, l’œuvre de Pierre Moutouari est plus qu’une discographie ; c’est un témoignage éternel de la vitalité de la musique africaine.
Repose en paix, Maître. Le continent se souviendra que ton sebène ne s’arrêtera jamais de nous faire danser.
Salomon BIMANSHA
