DOHA. Ce mardi marque un pas, aussi fragile soit-il, vers l’apaisement dans l’Est congolais. Le Gouvernement de la République Démocratique du Congo (RDC) et l’Alliance Fleuve Congo (AFC)-M23 ont paraphé, au terme d’un nouveau cycle de discussions, un mécanisme de surveillance du cessez-le-feu dans le Kivu. Un accord technique, mais ô combien symbolique, qui tente de combler le fossé de méfiance en confiant un rôle d’arbitre à une institution séculaire : le Comité International de la Croix-Rouge (CICR).

L’obstacle des détenus enfin contourné
Depuis des mois, les pourparlers, principalement menés sous l’égide du Qatar à Doha, butaient sur des questions à la fois politiques et très concrètes. Le sort des combattants et des civils détenus par les deux camps était devenu un point de discorde majeur, une condition sine qua non pour le M23 avant toute avancée substantielle sur le retrait des positions.
L’annonce de ce mardi lève, au moins formellement, cet obstacle. Le mécanisme de surveillance du cessez-le-feu et l’accord connexe sur l’échange de prisonniers confèrent au CICR un rôle crucial et délicat : celui d’intermédiaire neutre. C’est à cette organisation humanitaire internationale que revient la tâche de procéder à l’identification et à la libération des détenus, conformément au droit congolais et aux Conventions de Genève.
Pour le Gouvernement, l’acceptation de cette médiation neutre est un gage de bonne volonté. Pour l’AFC-M23, c’est l’assurance que le processus ne sera pas unilatéral, évitant ainsi le piège d’une reddition sans garantie.
Un cadre technique face à une méfiance historique
La signature de ce mécanisme est le fruit de longs mois de discussions faisant suite à la Déclaration de Principes signée à Doha en juillet 2025. Cette feuille de route prévoyait déjà la mise en place d’un tel dispositif de surveillance et de vérification.
Pourtant, la route vers une paix durable reste jonchée d’embûches. La méfiance entre Kinshasa et le M23, amplifiée par les accusations de soutien du Rwanda à la rébellion, est profonde. Les violations du cessez-le-feu ont été récurrentes, le M23 poursuivant même ses avancées, notamment au Sud-Kivu, provoquant une crise humanitaire majeure avec des centaines de milliers de déplacés.
En confiant la vérification du cessez-le-feu et le sort des détenus au CICR, les belligérants espèrent instaurer une transparence minimale. L’intervention du CICR, dont la neutralité est peu contestée sur la scène internationale, est vue comme un stabilisateur essentiel pour faire respecter l’un des engagements les plus sensibles de l’accord.
Kivu : Le poids du passé
Le conflit avec le M23 n’est qu’une des manifestations les plus récentes d’une instabilité chronique dans le Kivu, depuis la première rébellion menée par le CNDP (dont le M23 est issu) en 2004, voire bien plus loin. La persistance des groupes armés, l’enjeu des ressources naturelles et les tensions régionales font de chaque accord une course contre la montre.
Ce mécanisme de surveillance et d’échange de détenus est un outil technique destiné à huiler les rouages d’un processus politique englué. Mais, comme souvent en RDC, la réussite de l’accord ne tiendra pas tant à la beauté des paraphes qu’à la volonté politique des acteurs d’arrêter les combats sur le terrain et de renoncer à la conquête militaire. L’arbitrage humanitaire du CICR est une béquille pour l’espoir, mais il ne saurait se substituer à la paix elle-même.
Salomon BIMANSHA
