L’ÉDITO
À la faveur d’un sommet organisé à Nairobi, la classe politique congolaise vient de témoigner d’une reconfiguration majeure. Sous l’égide de Joseph Kabila, une nouvelle plateforme baptisée « Sauvons la RDC » émerge, rassemblant l’ancienne garde et de nouvelles figures d’opposition. L’initiative, qui se veut une réponse à la gouvernance actuelle, est avant tout le signal clair du retour au premier plan de l’ancien président, et un défi direct lancé au pouvoir en place.

(Par notre correspondant à Nairobi)
La capitale kenyane, Nairobi, est souvent le théâtre de résolutions diplomatiques. Ces deux derniers jours, elle est devenue le berceau d’une nouvelle tentative d’unification politique congolaise. L’annonce de la création de la plateforme « Sauvons la RDC », et la désignation immédiate de l’ancien Président Joseph Kabila Kabange comme son leader, marque un tournant qui ne saurait être ignoré.
Ce n’est pas un simple regroupement électoral. C’est l’officialisation du retour en première ligne d’un homme qui, depuis son départ de la présidence, avait semblé choisir l’ombre de son ranch de Kingakati. En initiant cette rencontre – qui a vu défiler les figures de proue de l’ancienne majorité, de Matata Ponyo à Seth Kikuni, en passant par Franck Diongo et Jean-Claude Vuemba – Joseph Kabila reprend la main sur son camp et au-delà.
La manœuvre de l’unification

La présence de personnalités comme Seth Kikuni ou Franck Diongo, qui n’étaient pas historiquement alignées sur le Front Commun pour le Congo (FCC), est la preuve d’une manœuvre politique astucieuse. En ratissant large, Kabila cherche à se défaire de l’étiquette de « simple chef du FCC » pour endosser celle de leader d’une opposition « globale » et « nationale », capable d’attirer aussi bien l’ancienne garde que les déçus du régime actuel.
Le choix du nom, « Sauvons la RDC », est en soi un acte politique fort. Il insinue que la République Démocratique du Congo est en péril sous la gouvernance de Félix Tshisekedi, justifiant ainsi la nécessité d’une intervention. C’est une stratégie classique d’opposition qui vise à mobiliser un électorat par l’urgence et le sentiment de crise.
Le défi à Tshisekedi
Pour le pouvoir en place, cette structuration est un défi majeur. Elle met fin à l’éparpillement de l’opposition et concentre les forces – et les moyens – derrière une figure centrale et expérimentée. L’opposition n’est plus seulement incarnée par des individus, mais par une structure dont le parrain jouit encore d’une base politique et d’un réseau international important.
La question centrale qui se pose est la suivante : au-delà des discours sur les enjeux climatiques et l’unité nationale, cette plateforme a-t-elle la capacité de transcender les rancœurs personnelles et les ambitions individuelles de ses membres fondateurs ? L’unité affichée à Nairobi tiendra-t-elle face à l’épreuve des réalités électorales et à la répartition des rôles ?
Quoi qu’il en soit, l’initiative de Nairobi signifie que l’ère de la coexistence timide entre l’ancien et le nouveau régime est définitivement révolue. Joseph Kabila a choisi de sortir du silence et de se positionner comme l’alternative. Le jeu politique congolais vient de gagner en tension. Le Phénix des « Kabilistes » est sorti de ses cendres et il est prêt pour la confrontation. La bataille pour le leadership de l’opposition est lancée.
Théophile Tuakabiangana
