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Matonge, l’Impasse Sanglante : Quand le braquage devient un show macabre devant une foule médusée.

Kinshasa. Il était environ 10h30, heure locale, quand le quartier bouillonnant de Matonge, connu pour son effervescence et son rond-point Victoire stratégique, a basculé dans l’effroi. L’agence Rawbank, symbole de la santé économique congolaise, est devenue la cible d’un commando armé. Ce n’est pas l’audace des bandits qui frappe, car les braquages sont un fléau récurrent à Kinshasa, mais le contexte : une opération menée en plein jour, sous le regard direct d’une foule nombreuse, transformant l’acte criminel en un spectacle d’une violence inouïe. Bimanshainfo décrypte les failles et analyse les risques encourus par les citoyens et les forces de l’ordre.

Acte I : Le Blitz et la Foule Spectatrice

La zone du rond-point Victoire et de Matonge est l’une des plus densément peuplées et commerçantes de la capitale. L’attaque de la Rawbank s’est déroulée devant des dizaines, voire des centaines de badauds, de commerçants et de passants. Les premiers échanges de tirs, confirmés par les services de sécurité, ont créé une panique généralisée, mais, paradoxalement, n’ont pas fait fuir tout le monde. Une partie du public, par curiosité, sidération ou habitude tragique de l’insécurité, est restée aux abords, assistant aux scènes d’échanges de tirs avec les forces de l’ordre.

La foule assiste en direct aux échanges des tirs !

Ce phénomène d’assistance en direct, typique des mégapoles où l’événementiel prime, est un facteur de risque démultiplié. Les téléphones ont filmé, les images ont circulé, mais la distance de sécurité est restée une notion abstraite.

Analyse des Risques : La Triple Menace

L’intervention des forces de l’ordre face à un braquage armé en zone urbaine dense est un exercice périlleux. L’équation de Matonge révèle une triple menace mortelle :

1. Le Public : Dommages Collatéraux et Effet Panique

  • Balles Perdues : Le risque le plus immédiat. En cas d’échange de tirs, la foule est la première victime potentielle des tirs croisés. Les balles perdues, qu’elles proviennent des assaillants ou des policiers, peuvent atteindre mortellement les civils.
  • Mouvement de Panique : Le désordre créé par la peur peut provoquer des bousculades fatales, des accidents sur la chaussée, ou des chutes dans les fossés, surtout dans un quartier où l’infrastructure est souvent précaire.
  • « Boucliers Humains » Involontaires : La présence de civils entrave l’action des policiers et peut être utilisée, volontairement ou non, comme protection par les bandits qui se fondent dans la masse lors de la fuite. Le maintien de la foule à distance est la première mesure de sécurité, souvent impossible à appliquer dans l’agitation kinois.

2. Les Policiers : Le Facteur de Surprise et la Contre-Attaque

  • Défaut de Coordination : Face à l’urgence, les unités de police (PNC) et parfois l’armée (FARDC) interviennent rapidement, mais pas toujours de manière coordonnée. Le manque de moyens de communication modernes et l’absence d’une doctrine d’intervention unifiée augmentent le risque de « tirs amis » ou d’une réponse tactique désordonnée.
  • Armement et Formation : Les braqueurs, souvent affiliés à des réseaux bien structurés (parfois d’anciens militaires ou des Kuluna armés), disposent d’armes de guerre. La police, bien que courageuse, est-elle toujours formée aux tactiques d’assaut en milieu hyper-urbain ? L’objectif est de neutraliser sans maximiser le risque pour les otages et les civils, une compétence qui requiert une formation de pointe.
  • L’Imprévu Local : L’environnement de Matonge est un dédale de ruelles et de marchés improvisés. Les voies de repli sont multiples, et le risque de se faire prendre à revers par des complices postés en sentinelle est élevé.

3. La Banque : Le Risque Opérationnel Post-Braquage

Même après la neutralisation de l’incident, le risque persiste. La Rawbank, comme d’autres institutions financières, devra procéder à un audit de sécurité pour évaluer :

  • La Vulnérabilité Structurelle : La facilité avec laquelle les assaillants ont pu atteindre le cœur de l’agence.
  • Le Protocole de Sécurité Interne : L’efficacité des vigiles privés et des systèmes d’alerte.
  • L’Impact Psychologique : Les employés et les clients présents sont des victimes de stress post-traumatique, nécessitant une prise en charge.

Conclusion : Le Prix de l’Audace Criminelle

L’incident de la Rawbank Victoire/Matonge, qu’il ait été déjoué ou réussi, est un miroir brutal des défis sécuritaires à Kinshasa. Il ne s’agit plus de simples actes de délinquance, mais d’attaques ciblées, audacieuses, qui défient l’autorité de l’État en plein jour.

Pour la population, le spectacle de l’horreur en direct renforce le sentiment d’insécurité et la conviction que la violence est omniprésente. Pour les autorités, c’est un signal d’alarme : sans un renforcement des patrouilles mixtes, une meilleure formation des forces d’intervention rapide et une stratégie de sécurisation des zones commerciales critiques, Kinshasa continuera de vivre sous la menace de ces « shows macabres », où la première victime est la confiance en l’ordre public.

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Salomon BIMANSHA

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