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REDD+ au Mai-Ndombe : Une transition verte qui laisse les communautés sur la paille.

La crise écologique et sociale qui étreint la province de l’Équateur n’est qu’un symptôme d’un mal plus profond qui ronge d’autres régions de la RDC, notamment le Mai-Ndombe. Ici, les communautés locales sont prises dans un double piège : celui de l’exploitation forestière prédatrice, puis celui d’une conservation dont les promesses de retombées économiques restent lettre morte.

I. L’ère de la dévastation : Les cicatrices de SODEFOR

Pendant des décennies, le Mai-Ndombe, riche de ses forêts humides et de ses tourbières géantes (stockant des milliards de tonnes de carbone), a été le théâtre d’une exploitation forestière industrielle intense. La société SODEFOR (Société de Développement Forestier) symbolise cette époque.

Le constat des communautés est sans appel : SODEFOR a, selon elles, « détruit toutes nos forêts ». L’exploitation, souvent dénoncée pour son caractère non-durable et son impact négligeable sur le développement local, a laissé derrière elle des cicatrices écologiques (déforestation, perturbation des écosystèmes) et surtout des communautés appauvries.

La situation est un classique de la malédiction des ressources naturelles : l’extraction de la richesse (le bois) profite aux exploitants et aux élites, tandis que les populations autochtones et locales, gardiennes ancestrales des forêts, en « pâtissent » directement par la perte de leurs ressources vitales (chasse, pêche, pharmacopée traditionnelle et agriculture de subsistance). Les infrastructures promises (écoles, dispensaires) sont souvent restées au stade de vagues esquisses.

II. La transition amère : La conservation sans les bénéfices

Face à l’urgence climatique mondiale, et sous l’impulsion des bailleurs de fonds internationaux, la RDC a entamé une transition vers l’exploitation de ses forêts au titre de la conservation et de la séquestration de carbone, notamment via les mécanismes de REDD+ (Réduction des Émissions dues à la Déforestation et à la Dégradation des forêts).

Le Mai-Ndombe est au cœur de cette nouvelle donne, étant une zone critique pour le climat. Les communautés ont accepté de « transiter de l’exploitation à la conservation », renonçant à certaines pratiques traditionnelles ou aux revenus minces générés par l’exploitation forestière pour embrasser un modèle dit « vert ».

Hélas, les retombées de cette conservation « ne sont pas profitables pour nos communautés ».

Les projets REDD+ et les initiatives de conservation sont censés générer des financements (via la vente de crédits carbone ou des subventions) qui doivent être réinvestis dans le développement local : agriculture durable, micro-projets, amélioration des infrastructures sociales. Or, les populations locales ne voient pas la couleur de cet argent ou des projets durables.

Opacité des fonds : Les mécanismes de redistribution des bénéfices de la conservation sont complexes, longs et opaques pour les communautés.

Restriction d’accès : Les mesures de conservation imposent souvent des restrictions sur l’utilisation traditionnelle des forêts (coupe de bois, chasse), ce qui aggrave la pauvreté sans offrir de compensation adéquate ou de vraies alternatives économiques.

Projets « hors-sol » : Lorsque des projets sont mis en place, ils sont parfois mal adaptés aux besoins réels des communautés, ou pilotés par des structures externes sans réelle appropriation locale.

III. L’inertie des gouvernants : Une « observation » coupable

Le plus grand désarroi des communautés réside dans l’inaction perçue des autorités. Les populations observent que « les gouvernants observent » la situation sans intervenir efficacement pour corriger le tir.

Cette passivité soulève une question fondamentale : à qui profite réellement la « conservation » en RDC ? Si les fonds internationaux se déversent pour « sauver le climat », mais que les premiers acteurs de cette conservation (les communautés) ne récoltent aucun bénéfice, le modèle est non seulement inéquitable, mais il est voué à l’échec. La frustration sociale grandissante pourrait, à terme, se retourner contre la conservation elle-même, sapant tous les efforts pour protéger ce patrimoine écologique.

Le Mai-Ndombe est un miroir de la nécessité de réformer en profondeur la gouvernance des ressources naturelles en RDC, pour garantir que les richesses – qu’elles soient ligneuses ou carbones – bénéficient enfin à ceux qui vivent sur ces terres.

Salomon BIMANSHA

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