
KINSHASA – 2025 restera-t-elle comme l’année des adieux forcés pour la scène culturelle de Kinshasa ? Le constat est amer et la série noire s’allonge. En quelques mois, la capitale congolaise a vu disparaître des espaces culturels emblématiques, des havres d’expression qui faisaient la respiration de quartiers entiers. De Bandalungwa à Ndjili, en passant par Kasa-Vubu, le silence s’épaissit.
Bandal : Le Silence d’Aw’art

Le coup de massue le plus symbolique est sans doute la fermeture d’Aw’art (Bandal). Plus qu’une simple galerie ou salle de spectacle, Aw’art était une plaque tournante de l’avant-garde kinoise. Un laboratoire où se croisaient plasticiens, musiciens underground et théoriciens. Né de la volonté de créer une alternative aux circuits officiels, l’espace a succombé à une équation économique devenue intenable : hausse des loyers, difficultés à pérenniser les financements indépendants et une pression administrative grandissante.
« C’est toute une génération qui perd son quartier général. On a vu naître des mouvements ici. Où allons-nous maintenant ? », s’interroge, désabusé, un jeune slameur habitué des lieux.
Kasa-Vubu : L’Éclipse de Miezi
Dans le quartier historique de Kasa-Vubu, c’est Miezi qui a cessé de briller. Connu pour ses résidences d’artistes et son engagement en faveur des arts visuels contemporains, Miezi avait réussi à tisser des liens solides entre la création locale et les réseaux internationaux. Sa fermeture est perçue comme un recul pour l’ouverture de la ville sur le monde.
Les responsables évoquent l’épuisement, non seulement financier mais aussi moral, face à l’absence de véritable politique de soutien aux structures indépendantes. L’aide institutionnelle, quand elle existe, est jugée trop parcellaire et soumise à des lourdeurs bureaucratiques incompatibles avec la flexibilité requise par la création.
Ndjili : Les Mwindeurs, Lumière Éteinte
Le coup le plus dur frappe peut-être la périphérie avec l’arrêt des activités des Mwindeurs (Ndjili). Là, l’enjeu était socioculturel : décentraliser l’art, le rendre accessible dans un quartier populaire. Les Mwindeurs étaient des « éclaireurs », utilisant le théâtre de rue, les ateliers de bande dessinée et la musique pour tisser du lien social et offrir une échappatoire aux jeunes.
Leur disparition laisse un vide immense. Qui prendra le relais pour offrir des alternatives créditives aux jeunes de Ndjili ? La précarité des infrastructures et le manque de subventions solides ont fini par avoir raison de leur engagement.
2025 : Année Bizarre ou Année Réalité ?
Pour beaucoup d’observateurs, cette vague de fermetures n’est pas un simple hasard. Elle révèle la fragilité structurelle de l’écosystème culturel kinois :
- La Dépendance Économique : La culture indépendante repose trop souvent sur la bonne volonté de quelques mécènes ou des projets ad hoc au lieu d’une base économique stable.
- L’Urbanisation Galopante : Les pressions immobilières et la spéculation foncière rendent les baux commerciaux exorbitants.
- L’Absence de Vision Politique : La culture est toujours reléguée au second plan des priorités publiques, malgré son rôle crucial dans la cohésion sociale et la renommée internationale de Kinshasa.
La capitale, considérée comme l’un des foyers créatifs les plus fertiles d’Afrique, risque de voir sa flamme s’étioler si les pouvoirs publics et les acteurs économiques ne se mobilisent pas rapidement. Le rideau est tombé sur Aw’art, Miezi et Les Mwindeurs. La question est désormais : qui sera le prochain sur la liste, et que fera Kinshasa une fois ses lumières éteintes ?
Salomon BIMANSHA
