
Kinshasa, RDC – Le Chef de l’État congolais, Félix Tshisekedi, a récemment sommé son gouvernement de prendre des mesures « rigoureuses » et « sans délai » pour faire baisser les prix des produits de première nécessité sur le marché, une injonction qui souligne l’urgence de préserver le pouvoir d’achat d’une population déjà lourdement éprouvée par la précarité.
Cette instruction, réitérée lors de récents conseils des ministres, est un signal fort envoyé à l’Exécutif, notamment au ministère de l’Économie, pour endiguer la spirale inflationniste et la bonne santé persdu franc congolais (CDF) face au dollar américain.
Le « combat du juste prix » : Une priorité présidentielle

Le message du Président Tshisekedi se veut clair : la stabilité macroéconomique, malgré des chiffres de croissance flatteurs souvent tirés par le secteur minier, doit se traduire par une amélioration tangible du quotidien des Congolais. L’inflation et la volatilité du taux de change ont érodé le pouvoir d’achat des ménages, transformant l’accès aux denrées de base en un défi majeur.
Le Chef de l’État a ainsi mis en avant la nécessité de :
- Rationaliser les structures des prix des produits de première nécessité.
- Mettre en place un contrôle « rigoureux » des circuits de distribution pour lutter contre la spéculation, parfois qualifiée d’œuvre d’ « ennemis de la République » cherchant à déstabiliser l’action gouvernementale.
- Accélérer la mise en œuvre de mesures de régulation des prix.
Défis et Scepticisme sur le marché
Les instructions présidentielles, bien que saluées dans leur intention, font face à une réalité économique complexe et un certain scepticisme au sein de la population.
- Le Facteur Taux de Change : Une grande partie des produits de base en RDC est importée. La dépendance au dollar pour les transactions et la faiblesse du franc congolais rendent toute baisse durable des prix extrêmement difficile sans une stabilisation monétaire profonde, qui relève de la Banque Centrale du Congo (BCC) et de la politique budgétaire.
- La Spéculation et les Circuits de Distribution : Le marché congolais est souvent caractérisé par un manque de transparence. La spéculation et l’absence d’un contrôle efficace sur la chaîne d’approvisionnement permettent aux intermédiaires et aux grossistes de fixer des prix arbitraires. L’application effective de la réglementation économique reste un défi historique.
- L’Enjeu de la Production Locale : Des efforts sont faits pour promouvoir l’autosuffisance alimentaire, notamment via des programmes comme le PDL-145T (Programme de Développement Local des 145 Territoires), mais le chemin est long. Tant que le pays n’aura pas une production agricole suffisante et structurée, il restera vulnérable aux chocs externes.
Perspectives : Attendre les Résultats
Pour le gouvernement, l’enjeu est désormais de transformer l’injonction présidentielle en actions concrètes et mesurables. Des réunions ont été tenues avec des acteurs économiques, notamment des gros importateurs, qui ont parfois annoncé des baisses de prix, mais l’impact réel et durable sur le panier de la ménagère est l’indicateur que le Congolais attend.
En RDC, où le social est un baromètre politique sensible, la capacité de l’Exécutif à maîtriser la « vie chère » sera un élément crucial pour évaluer l’efficacité du second mandat du Président Félix Tshisekedi. Le temps presse pour le gouvernement, dont le succès sera jugé non pas sur les instructions données, mais sur les prix affichés dans les marchés de Kinshasa et des provinces.
Salomon BIMANSHA
