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RDC : Le cri d’alarme du Dr Mukwege. « Nous sommes en train de perdre notre pays. »

Le Prix Nobel Denis Mukwege

Denis Mukwege, Prix Nobel de la Paix, n’est pas homme à mâcher ses mots. Alors que la République Démocratique du Congo (RDC) traverse une nouvelle phase d’instabilité, notamment dans l’Est ravagé par les conflits, la voix du « docteur qui répare les femmes » résonne avec une gravité poignante. Son message n’est pas une simple mise en garde ; c’est un véritable cri d’alarme adressé à une classe politique trop souvent engluée dans des querelles de positionnement, ignorant l’essentiel : la survie de la Nation.

« Je crois qu’aujourd’hui nous avons un sérieux problème et je trouve que les hommes politiques, avant de se disputer des positions, devraient d’abord se rendre compte que nous sommes en train de perdre notre pays. »

Ces mots, d’une lucidité implacable, pointent du doigt une dérive fatale. À force de se concentrer sur les luttes de pouvoir, les intrigues politiciennes et les bénéfices immédiats, les élites congolaises semblent avoir perdu de vue le rôle fondamental de tout dirigeant : préserver le territoire et protéger sa population.

La Nation, pour Mukwege, n’est pas une simple entité géographique ou administrative. Elle est un pacte social : « C’est cela la nation, les gens qui acceptent de vivre ensemble. » Or, ce tissu national, fragile par nature dans un pays aussi vaste et divers, est aujourd’hui délibérément mis à l’épreuve, voire déchiqueté par les forces centrifuges, qu’elles soient internes (mauvaise gouvernance, corruption) ou externes (agressions et prédations étrangères).

« Aujourd’hui, on essaye de briser cet élan national, on essaie de nous briser en tant que nation. »

L’écho de cette menace de « balkanisation » ou de perte de souveraineté se fait sentir dans chaque province, mais nulle part avec autant d’acuité qu’au Kivu. Là où les massacres se multiplient, où les déplacés se comptent par millions, et où la violence sexuelle est utilisée comme une arme de guerre systémique. Ces drames ne sont pas de simples « incidents » ; ils sont les symptômes d’un État défaillant, miné par l’impunité et l’absence de justice durable.

Le Prix Nobel de la Paix rappelle à tous que la priorité absolue n’est pas la prochaine élection, ni le partage des portefeuilles ministériels, mais bien la survie collective. Il exige une prise de conscience radicale, un retour aux fondamentaux, qui doit transcender les clivages partisans.

« Et je pense que ceci devrait être dans la tête de tout le monde, de tous les politiciens, de tous les citoyens. »

Ce n’est plus seulement aux dirigeants de s’interroger, mais à chaque citoyen de se mobiliser pour refuser l’indifférence. Le pays est à un point de bascule. Si l’élite politique ne parvient pas à s’élever au-dessus de ses mesquins calculs pour garantir la sécurité et l’unité de la RDC, l’histoire ne manquera pas de la juger pour avoir sciemment laissé s’effondrer ce qui aurait dû être sa raison d’être : défendre la Nation congolaise. Le temps des querelles est terminé ; celui de la reconstruction et de l’unité nationale a sonné. Il est minuit moins une.

Salomon BIMANSHA

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