
C’est une chute spectaculaire et rapide, secouant la province de la Tshopo et son chef-lieu, Kisangani. Le gouverneur Paulin Lendongolia, en fonction depuis à peine plus d’un an, a été déchu de ses fonctions par l’Assemblée provinciale, marquant un nouvel épisode de l’instabilité politique chronique qui frappe les entités territoriales décentralisées de la RDC.
L’onde de choc s’est propagée dans la matinée à travers la province, confirmant les rumeurs qui enflaient depuis l’introduction, la semaine dernière, d’une motion de défiance par un groupe significatif de députés provinciaux.
« Incompétence et Inaction » : La Sentence de l’Assemblée
Les griefs formulés contre Paulin Lendongolia, parfois surnommé le « Lumumba de la Tshopo » pour son engagement et sa jeunesse, n’ont laissé aucune place au doute dans l’esprit de la majorité des élus. La motion de destitution reposait essentiellement sur des accusations d’incompétence, de mauvaise gestion et d’inaction notoire face aux défis majeurs de la province.
Parmi les points soulevés, les députés ont pointé du doigt :
- L’insécurité grandissante dans certaines zones de la Tshopo.
- L’état de délabrement des infrastructures, notamment la voirie urbaine de Kisangani, qui n’aurait connu aucune amélioration significative.
- L’opacité dans la gestion des finances publiques et l’absence de présentation de projets de développement tangibles.
Le vote, tenu à huis clos mais dont les résultats ont été rapidement divulgués, a été sans appel. La majorité requise a été largement atteinte, scellant le sort de l’homme fort de la Tshopo.
Une Chute Annoncée ?
Cette destitution intervient après des semaines de tensions sourdes entre l’Exécutif provincial et l’Organe délibérant. Des voix s’élevaient déjà dans la société civile et au sein de la classe politique locale, dénonçant la lenteur de l’action gouvernementale et le décalage entre les promesses de campagne et la réalité du terrain. Les tentatives du Président de l’Assemblée provinciale d’appeler au calme, face aux remous que provoquait déjà l’annonce de la motion, n’auront pas suffi à désamorcer la crise.
Pour la Tshopo, province au potentiel immense mais sous-développée, cette destitution est un coup de semonce. Elle rappelle la fragilité des mandats provinciaux en RDC et la pression constante exercée par les Assemblées provinciales, souvent promptes à user de leur droit de contrôle, parfois au détriment de la stabilité administrative.
L’Après-Lendongolia : Quel Avenir pour la Tshopo ?
La province est désormais plongée dans une période d’incertitude. Conformément à la loi, l’intérim sera assuré par le vice-gouverneur, en attendant l’organisation d’une nouvelle élection dans un délai constitutionnel.
La question centrale demeure : cet événement spectaculaire débouchera-t-il sur une amélioration de la gouvernance ou marquera-t-il simplement le début d’une nouvelle valse de politiciens à la tête de la province ? Les Kinois de la Tshopo, confrontés à la crise économique et aux défis sécuritaires, attendent des actes, pas des motions.
Le message de l’Assemblée provinciale est clair : l’heure n’est plus aux slogans, mais aux résultats concrets. La RDC observe la Tshopo, espérant que la prochaine administration saura enfin sortir la province de son marasme.
Salomon BIMANSHA
