
Il y a cinq ans jour pour jour, le 29 octobre 2020, l’homme d’affaires, collectionneur d’art et activiste congolais Sindika Dokolo disparaissait tragiquement dans un accident de plongée. Derrière le destin brisé, plane l’ombre des « Luanda Leaks » et le regret d’un rôle de « trait d’union » inachevé entre l’Angola et la RDC.
Il était l’incarnation d’une certaine élite africaine, cosmopolite et puissante. Le 29 octobre 2020, la nouvelle a frappé de plein fouet le continent : Sindika Dokolo est mort à Dubaï, à l’âge de 48 ans, victime d’un accident de plongée. La fin brutale d’une vie menée à cent à l’heure, entre le monde des affaires, la haute culture et la politique.
🎨 Le Collectionneur et l’Activiste
Né en RDC, éduqué en France, et basé entre l’Europe et l’Afrique, Sindika Dokolo était bien plus que le gendre de l’ancien président angolais José Eduardo dos Santos et le mari d’Isabel dos Santos. Il était l’un des plus grands collectionneurs d’art contemporain africain. Son engagement pour la restitution des œuvres d’art volées pendant la colonisation avait fait de lui une figure respectée du monde de la culture, un véritable pont entre l’Afrique et l’Occident.
Son style était unique. Avec son allure de « mi-dandy, mi-éternel étudiant », une élégance étudiée masquant une intelligence vive et une certaine effronterie, il détonnait. Il avait cette rare capacité à parler d’art pointu, d’économie complexe et de géopolitique avec une même aisance.
🇦🇴🇨🇩 Le Rêve Inachevé

Malgré sa vie angolaise, le cœur de Sindika Dokolo battait pour son pays d’origine, la RDCongo. Il ambitionnait de jouer un rôle de trait d’union entre Luanda et Kinshasa, utilisant ses réseaux et son influence pour forger une alliance économique et politique entre les deux géants lusophone et francophone. Un rôle d’acteur politique de l’ombre qu’il avait commencé à endosser publiquement en s’opposant, un temps, à la fin du régime Kabila en RDC.
📉 L’Ombre des « Luanda Leaks »
Toutefois, ce destin brillant fut assombri par la publication, début 2020, des « Luanda Leaks ». Cette enquête journalistique mondiale a révélé l’ampleur des soupçons de détournements de fonds massifs impliquant son épouse, Isabel dos Santos, et par ricochet ses propres affaires.
Contraint de quitter l’Angola sous le coup des accusations, le couple s’était replié à Dubaï. C’est dans cet exil que la vie de Sindika Dokolo s’est achevée brutalement, laissant en suspens le sort de ses affaires et de son héritage, tout en rappelant de manière cruelle la chute d’une des familles les plus puissantes du continent.
Cinq ans après, ce n’est pas seulement l’homme d’affaires que l’on pleure, mais la figure iconoclaste et éclairée qui, malgré la controverse, nourrissait l’espoir d’une Afrique capable de porter sa culture et ses ambitions au plus haut niveau mondial.
Salomon BIMANSHA
