Par notre correspondant en France – Le président congolais, Félix Tshisekedi, a usé d’une rhétorique forte, ce jeudi à Paris, pour interpeller le monde sur le drame qui se joue dans l’Est de la RDC. Intervenant à la Conférence de soutien à la paix et à la prospérité dans la région des Grands Lacs, le chef d’État n’a pas seulement brossé le tableau de la crise : il a exigé des actes.
Loin des euphémismes diplomatiques, Tshisekedi a martelé une vérité sombre : « nous sommes face à une crise humanitaire totale : sanitaire, alimentaire, sociale, psychologique, humaine. »
Cette formule choc visait à déconstruire l’idée d’une simple crise passagère, préférant l’expression de « tragédie prolongée ». Une manière d’accuser la communauté internationale de son inertie face à des décennies de violence et d’instabilité.
🗝️ La Clé Politique : La Résolution 2773
Pour le président congolais, l’aide financière et l’assistance logistique ne suffiront pas sans une solution politique et sécuritaire préalable.
L’exigence principale de Tshisekedi est claire : l’implication des dirigeants du monde pour une application effective de la résolution 2773 du Conseil de sécurité de l’ONU.
Cette résolution, adoptée récemment, est considérée par Kinshasa comme le cadre juridique indispensable pour une paix durable. Elle condamne l’agression et le soutien aux groupes armés, visant sans la nommer directement l’implication du Rwanda aux côtés du M23/AFC. En sollicitant son application « effective », Tshisekedi demande en réalité une pression accrue, des sanctions, et potentiellement une action militaire coercitive pour mettre fin à l’occupation territoriale.
🚁 Le Corridor Aérien : Une Urgence Vitale
Face à l’urgence, le Chef de l’État a également formulé deux propositions concrètes pour désenclaver les populations sinistrées :
- L’établissement d’un Corridor humanitaire aérien : Ce couloir serait dédié au transport des médicaments, des denrées essentielles et à la rotation du personnel humanitaire. C’est une réponse directe au blocage des axes routiers et à la fermeture de fait de l’aéroport de Goma par les rebelles, une situation que l’AFC/M23 ne se sent d’ailleurs « pas concernée » par les annonces de réouverture.
- Un Financement « Massif, Rapide et Traçable » : Au-delà du 1,5 milliard de dollars de promesses annoncées en marge de la Conférence, Kinshasa insiste sur la nécessité d’un plaidoyer pour un financement massif qui soit surtout traçable. Ce dernier point est essentiel pour garantir que les fonds aillent aux populations et non aux intermédiaires, un problème récurrent dans l’aide aux zones de conflit.
Une Tragédie aux Responsabilités Partagées
Si le discours de Félix Tshisekedi a le mérite de la clarté et de l’urgence, la Conférence de Paris met en lumière la double impasse de la RDC :
- L’Impasse Sécuritaire : Aucune résolution de l’ONU ne sera « effective » sans la volonté des puissances régionales et internationales de la faire respecter. La diplomatie semble buter sur les réalités du terrain et les intérêts des acteurs voisins.
- L’Impasse Humanitaire : Le corridor aérien est une nécessité, mais il dépendra de la sécurité de l’espace aérien, zone de combat. Les forces rebelles ont déjà démontré leur capacité à neutraliser les initiatives de Kinshasa, y compris celles soutenues par Paris.
Le cri du cœur de Tshisekedi à Paris est donc autant un appel à l’aide qu’une tentative de délégitimer les forces d’agression et leurs soutiens. Reste à savoir si la Communauté internationale passera du soutien moral au courage politique et militaire.
Salomon BIMANSHA
