
L’optimisme prudent né de la Conférence de Paris et de l’annonce d’Emmanuel Macron concernant la réouverture de l’aéroport de Goma aux vols humanitaires légers a été brutalement douché. La réplique n’est pas venue de Kinshasa, mais du cœur du territoire contrôlé par l’Alliance Fleuve Congo (AFC) et le M23.
Corneille Nangaa, le leader politique de l’AFC – cette coalition politico-militaire qui inclut le M23 –, a opposé une fin de non-recevoir cinglante à l’initiative diplomatique française : « L’AFC/M23 ne se sent pas concernée par l’annonce de la réouverture de l’aéroport international de Goma. »
Cette déclaration, qui place un veto de facto sur une mesure humanitaire cruciale, confirme que le contrôle de Goma et de ses infrastructures vitales est l’outil principal du chantage exercé par les rebelles sur Kinshasa et la communauté internationale.
geopolitique 🌐 Le Contre-Pied du Maître-Chanteur
L’aéroport de Goma est bien plus qu’une piste d’atterrissage. C’est l’artère logistique du Nord-Kivu, le principal point d’entrée pour l’aide aux millions de déplacés, et un symbole de la souveraineté – ou de l’absence de souveraineté – de l’État congolais dans cette région.
- L’Échec de Paris ? L’annonce de Macron, même flanquée de promesses de financement (1,5 milliard de dollars), visait à dégager un consensus pour une « fenêtre humanitaire ». La réaction de M. Nangaa montre que l’AFC/M23 entend rester le maître d’œuvre sur son territoire.
- La Logique de la Négociation : En refusant de se plier à une décision prise sans sa participation, l’AFC/M23 cherche à forcer la main de Kinshasa pour obtenir une reconnaissance politique et l’ouverture de négociations directes – son objectif constant – en lieu et place des processus de Luanda ou Nairobi qu’elle rejette.
- L’Humiliation de l’Aide : La fermeture persistante de l’aéroport, ou la soumission de sa réouverture au bon vouloir des rebelles, est un puissant levier d’humiliation pour Kinshasa et de pression sur les agences humanitaires, dont le travail est aujourd’hui paralysé.
Le Sort des Volcans 🌋 : Un Territoire Sous Contrôle
Depuis la prise de Goma par le M23 en début d’année, l’aéroport est resté en grande partie non opérationnel. Des dégâts structurels aux infrastructures de navigation, la piste est un champ de mines logistique et sécuritaire.
« Nous n’avons pas à obéir à une décision prise à des milliers de kilomètres. Notre priorité est la sécurité de la zone que nous contrôlons. » (Déclaration officieuse d’un cadre de l’AFC/M23).
La réaction de M. Nangaa s’inscrit dans la stratégie de l’AFC qui est de consolider le pouvoir dans la zone occupée et d’affirmer que toute résolution – qu’elle soit militaire, humanitaire ou politique – passe par elle.
En rejetant l’initiative de Macron, le leader de l’AFC/M23 envoie un signal clair : l’aide humanitaire est une variable d’ajustement dans la guerre. Si Paris veut la paix et l’accès, il devra traiter avec les maîtres du terrain. Pour l’ONU et les ONG, dont l’appel à la réouverture était désespéré, c’est une impasse de plus qui met en péril des milliers de vies dans les camps de déplacés.
Théophile Tuakabiangana
