KAMBOVE (Haut-Katanga, RDC). Au cœur de la province cuprifère, le Territoire de Kambove, riche de ses gisements et berceau historique de l’exploitation minière (notamment par la défunte UMHK puis la Gécamines), est un paradoxe congolais : une terre d’abondance au potentiel économique colossal, mais dont les populations rurales peinent encore à bénéficier des dividendes de cette richesse. Face au décalage persistant entre la « RDC utile » et le quotidien de ses administrés, le Programme de Développement Local des 145 Territoires (PDL-145T) se présente comme la planche de salut tant attendue.
⛏️ Le Poids de l’Histoire Minière
Kambove, situé près de la frontière avec le Lualaba, est historiquement l’une des six entités déconcentrées du Haut-Katanga (avec Kasenga, Kipushi, Mitwaba, Pweto et Sakania). Son économie est profondément ancrée dans l’exploitation du cuivre, cobalt et zinc. Cependant, comme l’ensemble des provinces minières, le Haut-Katanga fait face à des défis sociaux majeurs.
Malgré son rôle central, Kambove et ses secteurs (Lufira, Source du Congo) et chefferie (Basanga) présentent un tableau social contrasté :
- Insuffisance des Infrastructures : L’absence d’un programme régulier d’entretien des infrastructures, notamment les routes de desserte agricole, handicape l’économie locale.
- Pauvreté Rurale : Le taux de pauvreté, bien que potentiellement plus faible que la moyenne nationale, reste élevé, avec un accès limité à l’eau potable, à l’électricité et aux services de santé de base pour une grande partie des ménages.
- Éducation et Santé : Les services sociaux de base nécessitent un renforcement substantiel pour répondre aux besoins de la population.
PDL-145T : Le Réveil des Territoires
Le PDL-145T, lancé par la Présidence de la République pour inverser la tendance en milieu rural, a ciblé les six territoires du Haut-Katanga, y compris Kambove. L’objectif est clair : améliorer l’accès aux infrastructures socioéconomiques de base (écoles, centres de santé, bâtiments administratifs) et promouvoir le développement des économies locales.
Selon les dernières évaluations du Bureau Central de Coordination (BCECO) et des autorités provinciales, le programme affiche un taux d’exécution jugé satisfaisant dans le Haut-Katanga, avoisinant les 80% de réalisation.
- Chiffres Ciblés pour Kambove : Lors de la première phase du PDL-145T, le territoire de Kambove a été bénéficiaire d’un lot de 16 ouvrages, destinés à transformer son paysage social.
- Nature des Ouvrages : Ces projets concernent la construction ou la réhabilitation d’écoles, de centres de santé et de bâtiments administratifs (chef-lieu de territoire) visant à rapprocher l’État des administrés. Le programme inclut également, de manière générale, des initiatives dans les domaines de l’énergie (microcentrales photovoltaïques) et de l’eau.
Les Accusations de la Société Civile : Entre Avancement et Stagnation
Cependant, l’euphorie des chiffres officiels a été tempérée par des inquiétudes locales. La Nouvelle Société Civile du Territoire de Kambove s’est insurgée contre un arrêt des travaux sur certains chantiers, notamment à Mwadingusha, dans le secteur de la Lufira.
« Des chantiers sont envahis par les herbes et les travaux y sont à l’arrêt. Pire encore, certains agents sont restés impayés. » — Aladain Kabika, Coordonnateur de la Nouvelle Société Civile à Kambove.
Ces critiques soulignent la nécessité d’une vigilance citoyenne et d’une coordination renforcée pour s’assurer que l’exécution du PDL-145T ne soit pas ralentie par des obstacles logistiques, des problèmes d’insécurité ou des questions de décaissement, risquant de compromettre l’impact sur les populations.
En définitive, Kambove symbolise l’enjeu du PDL-145T : transformer la rente minière en capital humain et en infrastructures durables. Le territoire a vu le lancement des travaux et bénéficie d’un nombre substantiel d’ouvrages prévus, mais la réussite du programme se mesurera à la livraison effective et fonctionnelle de ces infrastructures, garantissant un développement inclusif et non plus seulement extractif.
Salomon BIMANSHA
