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La lettre choc de Constant Mutamba — L’ex-ministre de la Justice dénonce le « cancer de l’injustice »

Kinshasa — L’étau se resserre autour du pouvoir congolais. Constant Mutamba, ancien ministre d’État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, lourdement condamné en septembre 2025 à trois ans de travaux forcés pour détournement de fonds publics, vient de faire parvenir un document manuscrit explosif à Jeune Afrique . Datée du 7 novembre 2025, cette missive est bien plus qu’une simple plainte : elle est un réquisitoire politique cinglant contre un système qu’il accuse d’avoir instrumentalisé la justice.

Dans cette lettre, l’ex-ministre, dont le procès avait déjà été largement qualifié de « politique » par ses partisans et certains observateurs, se présente comme une figure de la résistance. « Privé de tout moyen de communication », M. Mutamba se dit contraint d’utiliser sa plume pour « [véhiculer] désormais ma pensée politique et philosophique ».

Condamné le 2 septembre, détenu illégalement depuis ?

Le document révèle un détail troublant qui remet en question la légalité de sa détention. Bien que sa condamnation par la Cour de cassation (sans possibilité d’appel) ait été prononcée le 2 septembre 2025, Constant Mutamba affirme être « détenu sans soubassement légal depuis le 2 septembre 2025 » — une coïncidence qui sonne comme une dénonciation : la date même de son jugement aurait marqué le début d’une détention illégitime à ses yeux.

« Je suis privé de liberté, de soleil, de l’air naturel, de soins médicaux appropriés », écrit-il, peignant un tableau sombre de ses conditions d’incarcération, qui font écho aux craintes déjà exprimées par ses avocats.

Constant Mutamba va plus loin et dénonce une tentative d’« assassinat physique et politique avorté », orchestrée « à travers des empoisonnements lâches et ma condamnation injuste et illégale ». Il pointe du doigt de manière véhémente des « officines politiques congolaises et rwandaises » dont le « seul dessein est de continuer à décimer nos citoyens ». L’ancien ministre, qui s’était fait connaître par sa lutte affichée contre la corruption et l’insécurité lorsqu’il était en fonction, clame une nouvelle fois son innocence face à un « procès politique de pacotille ».

L’héritage de la résistance en filigrane

Le message de l’ancien Garde des Sceaux se veut mobilisateur. Il inscrit sa lutte dans une perspective panafricaine, citant des figures tutélaires comme Lumumba, Sankara, Mandela et Nkrumah. Il rend un hommage appuyé aux « martyrs » de cette résistance, notamment Maître Alidor Kahisha et la « maîtresse Bonette Élombe », décédée récemment.

Pour Constant Mutamba, ses partisans sont les « véritables héros de la résistance, du changement et de la justice », héritiers directs de l’esprit d’Étienne Tshisekedi wa Mulumba.

Cette lettre est une pierre de plus jetée dans le jardin de la justice congolaise. Elle pose la question brûlante de l’indépendance du pouvoir judiciaire et de l’usage politique des poursuites dans la haute sphère de la RDC. L’ancien ministre de la Justice, aujourd’hui dans la peau de l’opposant incarcéré, force le gouvernement à sortir de son silence.

Salomon BIMANSHA

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