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GUINÉE-BISSAU. Coup de tonnerre à Bissau : le président Embaló arrêté au palais

Des militaires ont fait irruption ce mercredi midi au palais présidentiel. Le chef de l’État, Umaro Sissoco Embaló, est aux mains des mutins. La capitale est plongée dans l’incertitude.

Par la rédaction Afrique

C’est un scénario que la Guinée-Bissau connaît malheureusement trop bien, mais que la communauté internationale espérait ne plus revoir. Ce mercredi 26 novembre, aux alentours de 12 heures (heure locale et GMT), le fil fragile de la stabilité politique s’est de nouveau rompu à Bissau. Selon nos informations, confirmées par plusieurs sources sécuritaires et diplomatiques, le président de la République, Umaro Sissoco Embaló, a été arrêté par un groupe d’officiers alors qu’il se trouvait dans son bureau, au palais présidentiel.

« Ils sont entrés sans tirer »

La matinée avait pourtant débuté dans un calme relatif dans la petite capitale ouest-africaine. Le chef de l’État présidait, selon son agenda officiel, des audiences de routine. Mais peu avant midi, des mouvements de troupes inhabituels ont été signalés aux abords du palais, situé sur l’avenue Amílcar Cabral.

« Il y a eu une confusion soudaine au niveau de la garde présidentielle », confie une source proche de la présidence jointe par téléphone, la voix tremblante. Contrairement à la sanglante tentative de coup d’État de février 2022, qui avait fait 11 morts, l’opération de ce mercredi semble s’être déroulée avec une rapidité chirurgicale. « Ils sont entrés, ils ont désarmé la protection rapprochée et sont montés directement au bureau du président. Il a été emmené vers une destination inconnue à bord d’un véhicule militaire blindé », poursuit notre témoin.

Pour l’heure, aucune image du président n’a filtré, et l’identité exacte des meneurs reste floue, bien que les regards se tournent vers certaines factions de l’armée mécontentes des récentes restructurations au sein de l’état-major.

La malédiction de l’instabilité

Umaro Sissoco Embaló, général de réserve surnommé « le Général », s’était posé en rempart contre le chaos depuis son élection contestée fin 2019. Homme de réseaux, proche de plusieurs chefs d’État de la région (dont le Sénégalais Bassirou Diomaye Faye et le Rwandais Paul Kagame), il avait survécu à plusieurs crises politiques, usant parfois de méthodes jugées autoritaires par l’opposition, notamment la dissolution du Parlement.

Si ce coup de force se confirme, il viendrait allonger la longue liste des putschs ou tentatives de putsch — plus d’une dizaine — qui jalonnent l’histoire de cette ex-colonie portugaise depuis son indépendance en 1974. La Guinée-Bissau, plaque tournante du trafic de drogue international, reste minée par la corruption et la précarité de ses institutions.

La CEDEAO en alerte maximale

À Abuja, siège de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), c’est la consternation. L’organisation régionale, déjà fragilisée par les retraits du Mali, du Burkina Faso et du Niger, voit s’ouvrir un nouveau front d’instabilité. Une réunion d’urgence des chefs d’état-major de la zone pourrait être convoquée dans les prochaines heures.

Dans les rues de Bissau, l’ambiance est lourde. Les commerces ont baissé le rideau et la population, habituée aux soubresauts militaires, rentre précipitamment chez elle. La radio nationale a cessé d’émettre ses programmes habituels, diffusant de la musique militaire, signe avant-coureur classique d’une prise de parole imminente des putschistes.

Le sort d’Umaro Sissoco Embaló est désormais la question qui hante toutes les chancelleries. Est-il en résidence surveillée ? Dans une caserne ? L’Afrique de l’Ouest retient son souffle.

Salomon BIMANSHA

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