
REPORTAGE. Lors de l’Africa Digital Innovation Summit, le ministre du Commerce extérieur a dévoilé les nouvelles armes de Kinshasa pour fluidifier les échanges : fin du papier, guichet unique et sanctions contre les réticents.
Par la rédaction Afrique

C’est devant un parterre de jeunes entrepreneurs congolais et africains, réunis ce mardi 25 novembre 2025 à Kinshasa pour l’Africa Digital Innovation Summit, que le gouvernement congolais a réaffirmé son ambition de souveraineté numérique. Au cœur des débats : la modernisation d’une administration longtemps jugée lourde et opaque. Invité à développer le thème du « numérique comme levier de la promotion du commerce extérieur », le ministre de tutelle, Julien Paluku Kahongya, n’a pas fait de la figuration, détaillant une feuille de route offensive pour assainir le climat des affaires.
La fin de la « paperasse »
Pour Julien Paluku, l’équation est simple : il faut tuer le papier pour sauver l’économie. Le ministre a longuement insisté sur la consolidation de la digitalisation de la « liasse documentaire ». Concrètement, cet ensemble de documents indispensables aux opérations d’importation, d’exportation et de transit, jadis délivrés sous format papier – source de lenteurs et de corruption –, est désormais intégralement traité via le Guichet Unique Intégral du Commerce Extérieur (GUCE).
Cette dématérialisation n’est pas qu’une question technique, c’est un changement de paradigme. « Aujourd’hui, ces réformes contribuent énormément à réduire les coûts et les délais dans le traitement des dossiers », a souligné le ministre. L’objectif est double : améliorer la traçabilité des marchandises aux frontières de la RDC et, surtout, sécuriser les recettes publiques, nerf de la guerre pour le budget de l’État.
Le PIC, nouvel outil de transparence
L’autre annonce phare de cette intervention a été la mise en lumière du Portail d’Informations Commerciales (PIC). Présenté comme un outil stratégique, ce portail vise à combler le déficit d’information qui pénalise souvent les acteurs économiques locaux. Producteurs, importateurs et exportateurs ont désormais accès à des données fiables en temps réel. Une transparence qui vise à mettre fin à l’asymétrie d’information, souvent prétexte aux abus administratifs.
« Lutter contre la résistance »
Mais la technologie ne suffit pas si les mentalités ne suivent pas. Adoptant un ton plus politique, Julien Paluku a plaidé pour une méthode forte face aux conservatismes. Reconnaissant des blocages internes, il a appelé à la mise en place de « sanctions » pour briser la résistance au changement. Un message clair adressé aux fonctionnaires ou aux opérateurs tentés de contourner le système numérique pour maintenir les anciennes pratiques opaques.
Une vision gouvernementale concertée

Cette offensive numérique ne se joue pas en solo. La présence à ce panel ministériel de Raïssa Malu, ministre d’État en charge de l’Éducation nationale et Nouvelle citoyenneté, et d’Augustin Kibassa, ministre des Postes, Télécommunications et Numérique, témoigne d’une stratégie transversale.
Tandis que le ministre de l’Économie numérique esquissait les contours d’une transformation digitale souveraine, Raïssa Malu a insisté sur la formation du capital humain, indispensable pour porter cette innovation. À Kinshasa, le message est passé : le numérique n’est plus une option, c’est une question de survie économique.
Salomon BIMANSHA
