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Mbujimayi, le calvaire d’une ville plongée dans le noir et la soif

Depuis plus de deux semaines, le chef-lieu du Kasaï-Oriental vit au rythme d’une coupure totale d’eau et d’électricité. Face à une population à bout de nerfs et une économie paralysée, le silence des autorités locales confine au mépris.

Par la rédaction

C’est une double peine qui s’abat sur la capitale mondiale du diamant industriel. Depuis plus de quinze jours, Mbujimayi offre le visage d’une ville sinistrée. Les robinets sont à sec et les ampoules désespérément éteintes. Si la ville est habituée aux délestages chroniques, la durée et l’intensité de cette nouvelle pénurie, combinant l’absence de courant et d’eau courante, plongent la population dans un désarroi inédit.

Une ville à l’arrêt

Sur place, le quotidien est devenu un parcours du combattant. Sans électricité, c’est tout le tissu économique local, déjà fragile, qui se déchire :

  • Commerces paralysés : Les vivres frais pourrissent faute de réfrigération.
  • PME en faillite : Les petits ateliers (soudures, secrétariats publics, coiffures) ne peuvent plus tourner.
  • Insécurité : Plongés dans une obscurité totale dès 18 heures, les quartiers deviennent des zones de non-droit.

Mais c’est la pénurie d’eau qui inquiète le plus. Les réserves s’épuisent et les habitants, bidons jaunes sur la tête, sont contraints de parcourir des kilomètres pour trouver des sources non potables, faisant craindre une résurgence immédiate des maladies hydriques dans une zone déjà vulnérable.

« On ne vit plus, on survit. On ne demande pas la lune, juste de quoi boire et s’éclairer. C’est un retour à l’âge de pierre », s’indigne un commerçant du centre-ville.

Le silence coupable des autorités

Ce qui exacerbe la colère des Mbujimayiens, ce n’est pas seulement la pénurie, c’est l’absence totale de communication. Pourquoi cette coupure ? S’agit-il d’une panne technique majeure, d’un problème d’approvisionnement en carburant ou d’une défaillance structurelle de la MIBA (Minière de Bakwanga) qui gère une partie de l’énergie ?

Pour l’heure, aucune explication officielle n’a été fournie. Malgré les multiples appels à l’aide lancés vers le gouvernorat et les responsables de la SNEL (Société Nationale d’Électricité) et de la Regideso, c’est le silence radio. Cette opacité est vécue comme une forme d’indifférence, voire de mépris, par une population qui se sent abandonnée par Kinshasa et par ses élus locaux.

L’urgence d’une intervention

Face à ce mur de silence, le désespoir cède peu à peu la place à la révolte. Les habitants, écœurés, ne savent plus vers quel saint se vouer. Si aucune solution technique ou a minima humanitaire n’est apportée dans les prochaines heures, la crise des infrastructures pourrait rapidement se muer en crise sociale majeure dans ce bastion politique stratégique.

Salomon BIMANSHA

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