
En visite à Belgrade, le président congolais a annoncé son déplacement imminent à Washington pour entériner un accord de paix sous l’égide américaine. Mais face à la diaspora, Félix Tshisekedi a posé une condition non négociable : aucune intégration des forces adverses dans l’armée congolaise.
Par la Rédaction
C’est une séquence diplomatique qui s’accélère pour Kinshasa. Alors qu’il rencontrait la diaspora congolaise de Serbie, ce week-end à Belgrade, Félix Tshisekedi ne s’est pas contenté des habituelles effusions patriotiques. Le chef de l’État a profité de cette tribune pour dévoiler la prochaine étape cruciale de la crise sécuritaire dans l’Est : un voyage à Washington, au cœur du pouvoir américain, pour sceller l’accord tant attendu avec le Rwanda.
Cap sur Washington
L’annonce est de taille. Après des mois de médiation ougandaise et surtout angolaise (le processus de Luanda), c’est finalement sous le parrainage direct des États-Unis que Félix Tshisekedi compte entériner un accord de paix définitif avec son voisin rwandais, accusé de soutenir la rébellion du M23.
En se rendant personnellement à la Maison-Blanche pour valider ce texte, le président congolais place l’administration américaine devant ses responsabilités de garant. Mais il sait aussi qu’il marche sur des œufs : à Kinshasa, l’opinion publique reste épidermique à toute idée de concession faite à Kigali.
Le spectre du « mixage »

Conscient de cette pression intérieure, Félix Tshisekedi a profité de son échange avec les Congolais de Serbie pour tracer une ligne rouge absolue. Le ton s’est fait martial, presque défensif.
« Il n’y aura ni brassage, ni mixage », a martelé le président de la République.
Ces deux termes résonnent douloureusement dans la mémoire collective congolaise. Ils renvoient aux accords passés (notamment sous l’ère Kabila) qui avaient vu l’intégration d’anciens rebelles — souvent soutenus par le Rwanda — au sein des FARDC (l’armée congolaise). Une stratégie qui, selon de nombreux experts, a contribué à infiltrer et fragiliser l’appareil sécuritaire national de l’intérieur.
En promettant qu’il n’y aura aucune fusion entre les troupes loyalistes et les éléments rebelles ou étrangers, Tshisekedi tente de désamorcer par avance les critiques qui l’accuseraient de « brader » la souveraineté nationale à Washington.
La diaspora comme rempart
Avant d’aborder ces sujets brûlants, le chef de l’État a soigné sa relation avec la diaspora. Saluant l’unité de la communauté congolaise établie en Serbie, il a insisté sur son « rôle stratégique » pour le rayonnement de l’image du pays.
Pour Tshisekedi, qui a fait de la diplomatie son cheval de bataille, cette diaspora n’est pas seulement une source de transferts financiers, mais un levier d’influence politique. En les prenant à témoin depuis Belgrade, il cherche à consolider sa base avant de s’envoler pour l’une des rencontres diplomatiques les plus périlleuses de son mandat aux États-Unis. Reste à voir si les garanties verbales sur le « non-mixage » suffiront à rassurer une population congolaise échaudée par trois décennies de conflits.
Salomon BIMANSHA
