
EXCLUSIF. C’est l’épilogue d’un divorce explosif. Selon plusieurs sources, la junte de Niamey aurait orchestré la vente de 1 000 tonnes de concentré d’uranium, laissées sur le site de la Somaïr par le groupe français, au profit de Moscou. Orano dénonce une « opération illégale ».
Par la Rédaction
La rupture entre Paris et Niamey vient de franchir un nouveau seuil critique, passant de la querelle diplomatique à la spoliation industrielle. Alors que les relations entre la France et le Niger sont au point mort depuis le coup d’État du général Tiani en juillet 2023, le régime militaire semble avoir décidé de liquider les « bijoux de famille » de l’ancien partenaire français.
Au cœur de ce nouveau bras de fer : un stock stratégique de près de 1 000 tonnes de concentré d’uranium (le fameux « yellowcake »), extrait par la Somaïr (Société des mines de l’Aïr), filiale du géant français Orano. Ce stock, dont la valeur marchande est estimée à plusieurs centaines de millions d’euros, aurait discrètement pris la route de la Russie.
Le « casse » du siècle à Arlit ?
L’opération s’est déroulée dans la plus grande opacité. Depuis le retrait forcé d’Orano du pays et l’arrêt des activités d’exportation vers la France, ce stock dormait sur le site minier d’Arlit, dans le nord désertique du pays.
Selon nos informations, les autorités nigériennes, qui contrôlent désormais de facto les installations via la société d’État Sopamin, ont organisé l’exfiltration de cette matière fissile. La destination finale ne laisse guère de place au doute : la Russie, nouveau parrain sécuritaire et politique du Sahel.
Pour Moscou, cette acquisition est une aubaine. Au-delà de l’apport énergétique, c’est un coup de maître géopolitique : récupérer les ressources historiquement exploitées par la France pour alimenter sa propre industrie nucléaire, tout en fournissant des liquidités fraîches à une junte sous pression financière.
Orano dénonce un « trafic illégal »
Du côté du siège d’Orano (ex-Areva) à Châtillon, la nouvelle a l’effet d’une déflagration. Le groupe nucléaire français, qui détient toujours 63,4 % de la Somaïr, a réagi avec véhémence, condamnant ce qu’il qualifie de « transport illégal » de son produit.
« Il s’agit d’une appropriation unilatérale d’actifs appartenant à une entreprise privée internationale », souligne une source proche du dossier.
L’entreprise se retrouve dans une situation kafkaïenne : propriétaire légitime d’un stock qu’elle ne peut ni surveiller, ni exporter, et qui sert désormais de monnaie d’échange à un régime hostile. Le groupe rappelle que la commercialisation de l’uranium est soumise à des règles internationales strictes de non-prolifération, des garde-fous que ce transfert clandestin semble avoir allègrement ignorés.
Moscou, nouveau maître du jeu énergétique
Cet épisode marque la fin définitive de l’ère de l’uranium français au Niger. Après le retrait des troupes françaises et l’expulsion de l’ambassadeur, la Russie s’empare du dernier levier d’influence qui restait à Paris : les ressources du sous-sol.
En s’alliant avec Rosatom (le géant nucléaire russe), Niamey choisit son camp. Pour Emmanuel Macron, c’est un revers cinglant qui illustre l’impuissance de la France à protéger ses intérêts stratégiques dans son ancien pré carré. Le message envoyé par le général Tiani est clair : les ressources du Niger ne sont plus une chasse gardée de l’Occident, mais un butin offert au plus offrant, quitte à bafouer le droit commercial international.
Salomon BIMANSHA
