
HOMMAGE. Il y a douze ans, le 30 novembre 2013, s’éteignait le plus grand mélodiste de la rumba congolaise. Plus qu’un chanteur, Tabu Ley fut l’architecte de la musique africaine moderne. Retour sur le parcours d’un immortel.
Par la Rédaction
C’était un 30 novembre. Bruxelles, voyait s’éteindre l’une des lumières les plus vives du continent africain. Pascal Emmanuel Sinamoyi Tabu, dit Tabu Ley Rochereau, tirait sa révérence, laissant la République Démocratique du Congo orpheline de son « Seigneur ».

Aujourd’hui, alors que la rumba congolaise est inscrite au patrimoine immatériel de l’UNESCO, il est impossible de ne pas mesurer le vide laissé par celui qui, toute sa vie, a travaillé à l’anoblir. Car si Franco Luambo Makiadi était le chroniqueur du peuple, le « Sorcier de la guitare », Tabu Ley en était le poète, l’esthète, le diplomate du rythme.
Le modernisateur de la rumba
Ce que l’histoire retient de Rochereau, c’est cette obsession de la modernité. Il ne s’est jamais contenté de jouer de la musique ; il l’a sculptée pour l’exporter.
C’est lui qui, le premier, osa introduire la batterie occidentale dans la rumba, bousculant les puristes pour donner à la cadence congolaise une rythmique capable de séduire les pistes de danse internationales. C’est lui, encore, qui imposa le show à l’américaine. Son passage à l’Olympia de Paris en 1970 reste un marqueur historique : il fut le premier artiste d’Afrique noire à remplir cette salle mythique, accompagné de ses célèbres « Rocherettes », préfigurant le spectacle total qui deviendrait la norme.
Une œuvre pharaonique
Avec près de 3 000 chansons composées, Tabu Ley a bâti une œuvre pharaonique. De Kelya à Adios Tété, en passant par l’incontournable Maze, sa discographie est une traversée de l’histoire du Congo post-indépendance. Il a chanté l’amour avec une sophistication rare, mêlant le lingala au français et à l’espagnol, créant une « rumba soukous » cosmopolite.
Il a su traverser les époques, survivre aux régimes politiques (de l’African Jazz au Zaire de Mobutu, jusqu’à devenir ministre provincial à Kinshasa), et surtout, il a su transmettre. Père prolifique, il a légué son talent à une dynastie d’artistes, dont le rappeur Youssoupha, prouvant que son ADN musical pouvait muter et s’adapter au XXIe siècle.
Le « Messager » est toujours là
Douze ans après sa disparition, le « Messager » n’a jamais semblé aussi présent. Dans les maquis de Kinshasa comme dans les playlists de la diaspora, sa voix de ténor léger, au vibrato si particulier, continue de résonner.
Tabu Ley Rochereau n’était pas seulement un musicien, c’était un intellectuel de la note, un homme qui avait compris que la culture était le véritable « soft power » de l’Afrique. En ce jour anniversaire, le silence n’est pas de mise. Comme il l’aurait souhaité, c’est en musique que l’on se souvient du Seigneur.
Salomon BIMANSHA
