
La maxime est d’une lucidité tranchante : « La paix ne s’achète pas, au risque de devenir un État client. La paix se construit et se défend. » Ces mots, prononcés par Delly Sessanga, ne sont pas une simple figure de style ; ils sont le miroir d’une réalité géopolitique amère, particulièrement palpable pour les nations en quête de stabilité durable. Ils posent la question fondamentale : qu’est-ce qu’une véritable souveraineté, et comment l’État peut-il garantir sa pérennité sans aliéner son avenir ?
Le piège de la « paix achetée »
Acheter la paix, c’est avant tout une transaction. Cela se traduit par le versement de subsides, la signature de contrats d’exploitation léonins, ou l’acceptation d’une présence militaire étrangère permanente en échange d’une accalmie temporaire. Cette approche, souvent dictée par l’urgence ou la faiblesse structurelle, est une illusion dangereuse.
En acceptant de subordonner la sécurité nationale à des intérêts extérieurs, un État troque sa souveraineté contre une rente de situation. Il devient, pour reprendre l’expression de Sessanga, un « État client ». L’accalmie obtenue n’est pas le fruit d’une résolution de causes profondes, mais la simple externalisation du conflit. Le prix de cette tranquillité est l’abandon progressif de son autonomie stratégique, économique et même diplomatique. La puissance protectrice d’aujourd’hui peut devenir le tuteur exigeant de demain, capable de retirer son appui au gré de ses propres impératifs, laissant l’État client plus vulnérable qu’auparavant.
Construire et défendre : l’impératif de la souveraineté
La seule alternative viable est celle de la construction et de la défense. La paix durable est un édifice qui repose sur trois piliers indissociables :
1. La construction interne
Celle-ci passe par la consolidation des institutions, la promotion d’une justice équitable et la création d’opportunités économiques inclusives. La guerre se nourrit souvent du désespoir, des inégalités criantes et de l’absence d’État de droit. Construire la paix, c’est assécher ces sources de violence en s’attaquant à la mauvaise gouvernance, à la corruption endémique et aux fractures sociales. C’est un travail lent, ingrat, mais qui est le seul à garantir l’adhésion de la population au projet national.
2. La défense stratégique
La paix ne se décrète pas ; elle se défend. Cela signifie investir dans des forces de défense et de sécurité républicaines, bien équipées et formées, dont l’allégeance va à la nation et non à une faction. Un État qui ne peut assurer l’intégrité de son territoire ni la sécurité de ses citoyens est un État en faillite. La capacité à dissuader ou à répondre à une agression est le prérequis de toute négociation diplomatique sérieuse. Sans cette force, la diplomatie n’est qu’une supplique.
3. La diplomatie proactive
Enfin, la paix construite s’appuie sur une diplomatie qui ne mendie pas, mais qui négocie d’égal à égal. Elle tisse des alliances basées sur le respect mutuel et des intérêts communs clairs, jamais sur une dépendance unilatérale. C’est l’art d’utiliser sa force interne—ses ressources, sa culture, sa position stratégique—comme levier dans l’arène internationale.
En somme, la paix achetée est un sursis coûteux, une dette que les générations futures devront payer en termes d’indépendance. La paix construite, en revanche, est un investissement dans la dignité nationale. Elle exige courage politique, sacrifice économique à court terme et vision à long terme.
Il est temps pour les nations de choisir entre le confort éphémère de la dépendance et la fierté exigeante de l’autonomie. La stabilité véritable ne se trouve pas dans le portefeuille d’un bienfaiteur étranger, mais dans la volonté inébranlable d’un peuple uni, décidé à forger lui-même son destin.
Salomon BIMANSHA
