En inaugurant sa première usine d’assemblage de véhicules militaires tactiques en partenariat avec la Corée du Sud, Dakar franchit une étape historique. Entre transfert de technologies et quête d’autonomie stratégique, le pays de Bassirou Diomaye Faye entend transformer son outil de défense en levier de développement industriel.

C’est un signal fort envoyé à la sous-région et aux partenaires internationaux. À Diamniadio, nouveau pôle de la modernité sénégalaise, le vrombissement des moteurs ne provient plus seulement des chantiers d’infrastructure, mais d’une ligne de montage d’un nouveau genre. Le Sénégal vient d’entrer officiellement dans l’ère de l’industrie de défense nationale. L’objectif ? Ne plus être un simple importateur de matériel de sécurité, mais un acteur capable de concevoir, d’assembler et de maintenir ses propres capacités opérationnelles.
Le pivot sud-coréen : un partenariat de haute technologie
Pour relever ce défi, Dakar a jeté son dévolu sur la République de Corée. Un choix loin d’être anodin. Séoul, devenue en quelques décennies un géant mondial de l’exportation d’armements, est réputée pour sa rigueur technologique et sa propension à accepter des transferts de savoir-faire que d’autres puissances rechignent parfois à accorder.
Ce partenariat ne se limite pas à la fourniture de pièces détachées. Le projet prévoit la production de 1 000 véhicules tactiques par an. Mais au-delà des chiffres, c’est l’architecture même du contrat qui impressionne. Sous l’impulsion du président Bassirou Diomaye Faye, l’usine intègre des programmes de formation intensive. Ingénieurs et techniciens sénégalais sont formés au contrôle qualité, aux essais dynamiques et à la maintenance lourde. Une montée en compétences qui vise, à terme, une autonomie technique totale.
Un écosystème économique pour les PME nationales
L’industrie de défense est souvent perçue comme un vase clos. Ici, le gouvernement sénégalais veut en faire un moteur de croissance inclusive. L’usine de Diamniadio est pensée comme le centre d’une toile d’araignée économique. En sollicitant des sous-traitants locaux pour diverses composantes, le projet offre une bouffée d’oxygène aux PME et PMI nationales.
« L’industrie de défense doit être le levier d’un écosystème industriel robuste », souligne-t-on dans l’entourage présidentiel.
Il s’agit de créer des emplois qualifiés et de fixer les talents locaux, tout en irriguant le tissu industriel civil de standards de précision et de rigueur propres au secteur militaire.
L’autonomie stratégique au cœur des priorités
Dans un contexte sécuritaire régional mouvant, où les menaces asymétriques imposent une réactivité accrue, disposer d’une chaîne de production nationale est un atout stratégique majeur. En réduisant sa dépendance aux circuits d’approvisionnement extérieurs, le Sénégal sécurise sa logistique de défense.
Mais le projet porte également une dimension sociale. En renforçant la cohésion autour de « l’outil de défense », le pays mise sur une fierté nationale retrouvée. Produire ses propres blindés et véhicules de transport de troupes, c’est affirmer sa maturité étatique et sa capacité à protéger ses citoyens par ses propres moyens.
Avec cette usine, le Sénégal ne se contente pas de s’équiper ; il pose les jalons d’une souveraineté qui se décline désormais au présent. Reste à savoir si ce modèle de « défense-développement » pourra faire école sur le continent.
Théophile Tuakabiangana
