
En débloquant une nouvelle tranche de 445 millions de dollars, l’institution de Washington valide les réformes de Kinshasa. Un satisfecit qui intervient dans un climat de fortes tensions sécuritaires à l’Est.
C’est ce qui s’appelle un « bon bulletin de notes ». Le conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a donné son feu vert, ce mercredi, au versement de 445 millions de dollars en faveur de la République démocratique du Congo (RDC). Ce décaissement immédiat fait suite à la conclusion des revues au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC) et de la Facilité pour la résilience et la durabilité (RSF). Pour le gouvernement de Judith Suminwa Tuluka, c’est bien plus qu’une bouffée d’oxygène financière : c’est un sceau de crédibilité internationale.
Le « bon élève » de l’Afrique centrale ?
Malgré un environnement global instable, la RDC semble avoir convaincu les technocrates de Washington. Le FMI salue une « performance robuste », portée par une croissance économique qui, bien que ralentie, reste l’une des plus dynamiques de la région (estimée à plus de 6 % pour 2024).
Le secret de ce satisfecit ? Une discipline budgétaire accrue et des réformes structurelles qui commencent, selon le Fonds, à porter leurs fruits. Parmi les points marqués par Kinshasa :
- La transparence extractive : Une meilleure traçabilité des revenus miniers, pilier de l’économie nationale.
- La gestion des finances publiques : Un effort de numérisation des procédures pour limiter le coulage des recettes.
- La stabilité monétaire : Une politique de la Banque Centrale du Congo (BCC) visant à stabiliser le franc congolais face aux chocs inflationnistes.
L’ombre de la guerre et de l’inflation
Toutefois, ce tableau n’est pas sans taches sombres. Le FMI ne manque pas de souligner les « risques élevés » qui pèsent sur l’avenir immédiat du pays. En tête de liste : la situation sécuritaire dramatique dans l’Est de la RDC. Le conflit avec le M23 et d’autres groupes armés pèse lourdement sur le budget national, détournant des fonds essentiels des investissements sociaux vers les dépenses de défense.
L’inflation, bien qu’en phase de décélération, continue de mordre le pouvoir d’achat des Congolais. Le Fonds exhorte donc les autorités à maintenir une politique monétaire restrictive et à poursuivre la constitution de réserves de change pour parer à toute éventualité sur les marchés mondiaux des matières premières.
Un signal pour les investisseurs
Au-delà des chiffres, ce déblocage est un signal envoyé aux marchés et aux partenaires bilatéraux. En respectant les critères du FMI, la RDC se positionne comme une destination plus « fréquentable » pour les capitaux étrangers, alors que le pays cherche désespérément à diversifier son économie au-delà du cuivre et du cobalt.
Pour le président Félix Tshisekedi, ce soutien international est un atout politique de taille, lui permettant de justifier les réformes parfois douloureuses imposées par le programme de la FEC. Reste maintenant le plus dur : transformer ces millions de dollars et ces indicateurs macroéconomiques en une amélioration concrète du quotidien pour les quelque 100 millions de Congolais.
Salomon BIMANSHA
