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Mael, 10 ans, tué par l’arrogance d’un gyrophare : jusqu’à quand la barbarie des cortèges ?

L’ÉDITO. Le 12 décembre dernier, à Kinshasa, un enfant a été fauché par une « balle de sommation » tirée pour dégager un embouteillage. Un crime de lèse-majesté citoyenne qui illustre l’impunité totale d’une élite ivre de sa propre importance.

C’était un soir de fête. De ces moments simples où une famille rentre à pied, le cœur encore léger d’avoir célébré un anniversaire. Mael Mavungu avait l’avenir devant lui, des bougies encore fraîches dans la mémoire et le sourire d’un enfant protégé par les siens. Mais sur le boulevard Sendwe, la route de Mael a croisé celle de la bêtise armée, de la morgue en uniforme et du mépris souverain.

Le prix d’un bouchon

Le scénario est d’une banalité révoltante. Une autorité — dont on tait encore le nom, comme si le prestige de la fonction immunisait contre le crime — se retrouve coincée dans les légendaires embouteillages kinois. Pour cette « Excellence » pressée, chaque minute perdue est une insulte à son rang. Alors, on applique la méthode forte. Un policier de l’escorte, zélé ou simplement abruti par l’habitude de la force, dégaine. Un tir de sommation. En l’air ? Non. Dans la foule, dans le tas, dans la vie d’un gosse.

Mael s’écroule, une balle dans la tête. Il mourra le lendemain à l’hôpital HJ. Pourquoi ? Pour qu’un cortège gagne trois minutes sur le chaos urbain. Pour qu’un anonyme en costume sombre n’ait pas à subir le sort du commun des mortels : attendre son tour.

La répétition du tragique

Ce n’est pas un accident. C’est un système. Le 1er décembre, c’était Ruth, fauchée elle aussi par le cortège d’un officier. Deux vies brisées en moins de deux semaines sur l’autel de l’arrogance routière. Dans ce pays, le gyrophare est devenu un permis de tuer, et la sirène, le glas de la sécurité publique.

Comment un policier peut-il encore imaginer que faire usage d’une arme de guerre en pleine zone urbaine, au milieu des piétons, est une procédure de circulation acceptable ? La réponse est simple : parce qu’ils savent que rien, ou presque, ne leur arrivera. On déplore, on présente des condoléances, on promet des enquêtes qui s’enlisent dans les sables mouvants de la bureaucratie sécuritaire, et la caravane de la mort repart de plus belle.

Le silence des coupables

Qui était dans cette voiture ? Quel ministre, quel général, quel « puissant » a laissé son garde du corps presser la détente sans broncher ? Se taire, c’est être complice. Continuer à rouler pendant qu’un enfant se vide de son sang sur le bitume, c’est avoir perdu toute trace d’humanité.

Le Congo ne peut plus continuer à compter ses morts comme on compte les nids-de-poule sur la chaussée. Un État qui tue ses enfants pour libérer le passage de ses dirigeants est un État qui fait fausse route. La justice ne doit pas seulement frapper le doigt qui a pressé la détente, elle doit remonter jusqu’à celui qui, à l’arrière de la berline vitrée, a laissé faire.

Mael Mavungu n’est pas une « victime collatérale ». Il est le symbole d’une nation qui doit choisir entre la loi de la jungle et l’État de droit. Pour l’instant, les gyrophares continuent de hurler, et le sang continue de couler.

Salomon BIMANSHA

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