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RDC : La barbarie au bout du câble, ou quand l’arbitraire s’invite en famille

L’ÉDITO. Deux adolescents, fils de l’ancienne ministre Marie-Ange Mushobekwa, ont été torturés sur ordre d’un haut responsable de l’ANR. Un fait divers atroce qui lève le voile sur une République où la police sert de bras armé aux caprices des puissants.

C’est un récit qui glace le sang, non pas par sa complexité, mais par sa brutalité primitive. L’histoire de deux jeunes hommes, Claudien (18 ans) et Christopher (17 ans), dont le seul tort a été d’accepter une invitation à « chiller ». Ce qui devait être une soirée d’adolescents banale dans les beaux quartiers s’est transformé en une séance de torture médiévale, sous les yeux et sur ordre d’un homme censé incarner la sécurité de l’État : Philemon Mambabwa, cadre de l’Agence Nationale de Renseignements (ANR).

L’invitation piège

Les faits, rapportés par leur mère, Marie-Ange Mushobekwa, dont le cri de douleur déchire les réseaux sociaux, sont d’une précision chirurgicale. Samedi 20 décembre, les garçons sont invités par les filles de M. Mambabwa, avec l’accord de ce dernier. Mais à 4h30 du matin, le patriarche change d’avis. La présence des jeunes gens l’irrite ? Sa fureur se transforme immédiatement en sentence.

Dans cette « République des intouchables », on ne discute pas, on « corrige ». M. Mambabwa n’appelle pas les parents, il ne raccompagne pas les invités. Il siffle ses chiens de garde. Des policiers, payés par le contribuable pour protéger les institutions, se muent en tortionnaires privés.

Le supplice du câble électrique

L’arsenal est rudimentaire mais efficace : des câbles électriques tissés entre eux pour augmenter la douleur. Les coups pleuvent. Claudien Jr perd connaissance sous la violence des impacts. Son corps n’est plus qu’un amas d’hématomes.

Pour Christopher, le cadet de 17 ans, l’acharnement frise le criminel. Drépanocytaire hétérozygote, sa santé est fragile par nature. En le livrant à la fureur des câbles, ses bourreaux ont joué avec sa vie. On ne frappe pas un enfant malade ; on ne torture pas des adolescents pour un différend d’horaire. À moins de se croire au-dessus de toute loi humaine et divine.

L’ANR, État dans l’État ?

Ce drame pose une question de fond : jusqu’à quand les agents de l’ordre resteront-ils les valets de chambre des egos surdimensionnés de leurs chefs ? Comment un officier peut-il ordonner une telle « correction » sans craindre les foudres de sa hiérarchie ou de la justice ?

Le silence qui entoure souvent ces abus de pouvoir est le terreau de l’impunité. Marie-Ange Mushobekwa, ancienne ministre, connaît les arcanes du pouvoir. Si ses propres enfants ne sont pas à l’abri de la torture domestique commanditée par un haut gradé, quel espoir reste-t-il pour le citoyen lambda, le « petit » de Kinshasa, face à l’arbitraire d’un galonné ?

Justice ou simulacre ?

Aujourd’hui, le « cœur de mère » est déchiré, mais c’est la conscience nationale qui est percutée. La justice congolaise est au pied du mur. Elle doit dire si Philemon Mambabwa et ses policiers-tortionnaires sont des justiciables comme les autres ou s’ils bénéficient d’un permis de torturer dès lors que l’on touche à leur giron familial.

L’heure n’est plus aux excuses feutrées ou aux arrangements à l’amiable. Le sang de Christopher et de Claudien sur ces câbles électriques exige une réponse pénale exemplaire. Faute de quoi, le message envoyé sera clair : en RDC, le gyrophare et le grade donnent droit de vie et de mort, jusque dans le salon des invités.

La Rédaction

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