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De Brazzaville  à Luanda : Kinshasa, championne hors catégorie de la spéculation immobilière

ENQUÊTE. Dans la capitale congolaise, se loger est devenu un luxe que même la classe moyenne ne peut plus s’offrir. Entre spéculation sauvage et absence de régulation, Kinshasa est-elle en train d’expulser ses propres fils ?

C’est un paradoxe qui saute aux yeux dès que l’on quitte les artères défoncées des communes populaires pour les tours de verre de la Gombe. À Kinshasa, le prix du mètre carré semble déconnecté de la réalité économique du pays. Alors que le salaire mensuel moyen peine à dépasser les 350 dollars, les loyers, eux, s’envolent dans une stratosphère que seuls les expatriés et les « nouveaux riches » du régime peuvent tutoyer.

Kinshasa, la ville où le loyer dévore la vie

Dans le centre des affaires, un appartement d’une chambre se négocie aujourd’hui autour de 1 600 dollars par mois. Pour une villa de luxe, la barre des 10 000 dollars est régulièrement franchie. Mais le mal ne s’arrête pas à la Gombe. À Ngaliema ou Kintambo, des quartiers jadis résidentiels et paisibles, les prix ont subi une inflation galopante : comptez désormais entre 1 500 et 2 500 dollars pour un appartement décent.

Le plus choquant reste l’exigence des bailleurs. Malgré les lois théoriques, il n’est pas rare de voir exiger 6 à 10 mois de garantie locative, une barrière infranchissable pour la jeunesse congolaise.

Étude comparative : Le grand écart régional

Pour comprendre l’absurdité kinoise, il faut regarder chez les voisins. Si Luanda reste une ville chère, ses infrastructures justifient parfois l’investissement. Ailleurs, la comparaison est cruelle pour la RDC.

Ville     Loyer  moyen (Appt 1 ch. centre)                     

Kinshasa (RDC)1 640 $  Spéculation totale, manque d’infrastructures de base (eau/élec)

.Luanda (Angola)1 200 – 1 500 $

Prix en baisse constante depuis la crise pétrolière.

Kigali (Rwanda)500 – 800 $ Marché régulé, urbanisme maîtrisé et services garantis.

Brazzaville (Congo)400 – 600 $Marché plus stable malgré la proximité géographique.

Kampala (Ouganda)350 – 550 $Offre locative abondante et diversifiée.

Bujumbura (Burundi)200 – 400 $Marché très accessible mais offre de standing limitée.





L’absence de l’État : Un silence coupable

Pourquoi une telle dérive ? La réponse tient en un mot : impunité. La loi relative aux baux à loyer non professionnels existe, mais elle est piétinée chaque jour sous l’œil passif des autorités. Les agences immobilières opèrent souvent sans agrément, et les propriétaires font la loi, imposant des prix fixés à la tête du client ou selon les fluctuations du marché noir des devises.

Pourtant, des solutions existent. En mai 2025, une proposition de loi visant à modifier le régime des baux a été déclarée recevable à l’Assemblée nationale. Elle prévoit notamment l’obligation de verser la garantie locative sur un compte de l’État et la création d’une Commission nationale d’évaluation immobilière. Mais depuis, c’est le statu quo.


Interpellation : Messieurs les gouvernants, il y a urgence !

Combien de temps le gouvernement congolais compte-t-il laisser les « Kinois » s’asphyxier ? La cherté du logement n’est pas qu’un problème économique, c’est une bombe sociale. Quand un cadre doit consacrer 80% de son revenu pour simplement avoir un toit, il ne consomme plus, il n’épargne plus, il survit.

Il est temps de :

  1. Appliquer strictement la loi sur la limitation de la garantie locative (3 mois maximum).
  2. Sanctionner les agences immobilières véreuses qui encouragent la surenchère.
  3. Investir massivement dans le logement social, un concept devenu un mirage en RDC.

Kinshasa ne doit pas devenir une ville interdite à ses propres citoyens. Sans une intervention ferme de l’État.

Salomon BIMANSHA

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