
C’est une insubordination qui ne dit pas son nom, un bras de fer permanent entre l’autorité de l’État et la dictature du volant. Malgré les mises en demeure et les rappels à l’ordre de l’Hôtel de Ville, les chauffeurs de taxis, taxis-bus et mototaxis continuent de dicter leur propre loi tarifaire. Résultat : une population prise en otage, contrainte de payer le prix fort pour un service de plus en plus médiocre.
L’État commande, le bitume ignore
Il y a les textes, les arrêtés préfectoraux et les grilles tarifaires plastifiées que l’on est censé trouver à l’intérieur des véhicules. Et puis, il y a la réalité du terrain. Dans nos villes, le prix d’une course ne dépend plus de la distance ou de la réglementation en vigueur, mais de « l’humeur du chauffeur » ou de la « densité des bouchons ».
À chaque carrefour, le même scénario se répète. Le client annonce sa destination ; le chauffeur, d’un air souverain, lance un tarif prohibitif. Vous protestez ? Il démarre en trombe. Vous négociez ? Il vous ignore. Le « bon vouloir » est devenu la seule unité de mesure du transport urbain.
Le chaos organisé des « demi-terrains »
Le génie de l’informel ne s’arrête pas là. Pour maximiser les profits au mépris total de la loi, les transporteurs ont érigé le système des « demi-terrains » en règle d’or. Un trajet censé être direct est fractionné en deux, voire trois étapes, obligeant l’usager à payer trois fois le prix officiel pour arriver à bon port.
- Les taxis-bus surchargent au-delà du raisonnable.
- Les mototaxis, véritables électrons libres, inventent des tarifs « spéciaux » dès la moindre goutte de pluie.
- Les autorités, elles, semblent crier dans le désert.
Une population à bout de souffle
Pendant que les syndicats de transporteurs justifient ces hausses par le prix des pièces de rechange ou du carburant, le panier de la ménagère, lui, n’est pas extensible. Pour le fonctionnaire, l’étudiant ou le petit commerçant, se déplacer est devenu un luxe quotidien.
Le sentiment d’abandon est total. À quoi servent les communiqués officiels s’ils ne sont suivis d’aucune sanction réelle sur la chaussée ? Si le rappel à l’ordre n’est pas assorti d’un contrôle rigoureux et de saisies immédiates, il ne reste qu’une simple littérature administrative face à des prédateurs du bitume.
L’interrogation demeure : Jusqu’à quand l’autorité urbaine acceptera-t-elle de voir ses décrets transformés en chiffons de papier par ceux-là mêmes qu’elle est censée réguler ? Le transport n’est pas un privilège, c’est un droit. Il est temps que la force reste à la loi, et non à l’embrayage.
Salomon BIMANSHA
