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RDC : Le grand bradage de l’élite congolaise

DOSSIER. Entre lobbys étrangers, concessions minières opaques et exil doré, une partie de l’intelligentsia et de la classe politique de Kinshasa semble avoir transformé l’intérêt national en une variable d’ajustement. Plongée dans les coulisses d’un renoncement.

C’est le mal zaïrois qui mute en tragédie congolaise. Dans les salons feutrés de la Gombe ou les suites des palaces parisiens et bruxellois, une scène se répète avec une régularité de métronome. Des diplômés des plus grandes écoles, des cadres brillants, des ministres en vue, vendent. Non pas leur talent, mais leur pays. À vil prix.

Le complexe du « commissionnaire »

Le constat est cruel : en République démocratique du Congo, l’élite n’est plus une force d’impulsion, mais trop souvent une courroie de transmission. Pour quelques jetons de présence dans des conseils d’administration fantoches ou des commissions occultes versées sur des comptes offshore, des pans entiers de la souveraineté nationale sont cédés à des intérêts privés, souvent étrangers.

« Le drame n’est pas qu’ils soient à vendre, c’est qu’ils ne coûtent pas cher », s’agace un diplomate européen en poste à Kinshasa. Qu’il s’agisse de brader des gisements de coltan pour une poignée de dollars de rétro-commissions ou de signer des contrats d’infrastructure léonins, l’élite semble souffrir d’une myopie chronique. Le profit immédiat écrase systématiquement la vision à long terme.

La fuite des cerveaux… et des âmes

Il y a ceux qui restent pour piller, et ceux qui partent pour oublier. La « fuite des cerveaux » congolais vers l’Occident ou les pays émergents n’est pas seulement une perte technique ; c’est un naufrage moral. Beaucoup de ces esprits brillants, une fois installés à l’étranger, deviennent les cautionnements intellectuels de régimes ou d’entreprises qui vampirisent leur terre d’origine.

Le « diplôme » est devenu, pour beaucoup, un simple passeport pour l’extraction personnelle. Au lieu de bâtir des institutions solides au pays, on préfère devenir le consultant zélé de ceux qui les affaiblissent.

L’État-comptoir

Sous l’influence de cette élite « à louer », la RDC prend des airs d’État-comptoir. Les décisions stratégiques ne se prennent plus dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, mais dans les arrière-boutiques de lobbys miniers ou technologiques. La Regideso, la SNEL ou encore les infrastructures de télécommunications (Canalbox et consorts) deviennent les terrains de jeu de monopoles acceptés par une élite qui a renoncé à réguler pour mieux profiter des dividendes du désordre.

Peut-on encore sauver l’honneur ?

Pourtant, une résistance s’organise. Une nouvelle génération, moins complexée et plus patriote, commence à pointer du doigt ces aînés qui ont troqué le destin du Congo contre un train de vie de pacha à l’étranger. Le sursaut passera par une rupture brutale avec la culture de la « chèvre qui broute là où elle est attachée ».

Car si le Congo est riche de son sous-sol, il meurt de la pauvreté morale de ses dirigeants. L’élite congolaise doit choisir : redevenir le moteur d’un géant ou rester le concierge d’une boutique en liquidation.

Salomon BIMANSHA

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