
ÉDITO. Entre facturations lunaires et services fantômes, les usagers congolais sont les otages d’un système où l’inefficacité est devenue une rente de situation. Jusqu’à quand ?
Dans le droit des affaires, les choses sont pourtant simples : un contrat lie deux parties autour d’une prestation de service contre rémunération. En République démocratique du Congo, cette règle élémentaire semble avoir été remplacée par un concept plus nébuleux, aux frontières de l’absurde et, disons-le franchement, de l’escroquerie pure et simple. Son principe ? Faire payer, toujours plus, pour un service qui n’existe plus.
La trilogie de la panne
Le tableau est sombre et les acteurs bien connus. Il y a d’abord les « historiques ». La SNEL (Société Nationale d’Électricité), dont les compteurs tournent avec une régularité que leurs turbines ignorent, et la Regideso, capable de facturer des mètres cubes d’air là où l’eau ne coule plus depuis des lustres. Ici, l’abonné ne paie pas sa consommation, il finance un espoir : celui de voir, un jour, une ampoule vaciller ou un robinet bégayer.
Mais la nouveauté vient du secteur privé, là où l’on espérait que la concurrence apporterait l’excellence. Canalbox, le fournisseur de fibre optique, semble avoir rapidement adopté les mauvaises manières de ses cousins du public. Déconnexions intempestives, débits agonisants et service client aux abonnés absents : le numérique, censé propulser la RDC dans le futur, ressemble de plus en plus à un coûteux mirage.
L’impunité en bandoulière
Le scandale ne réside pas seulement dans la faillite technique, car l’erreur est humaine et la panne est possible. Non, le véritable crime réside dans le refus systématique de toute compensation. En Europe ou aux États-Unis, une interruption de service prolongée déclenche remboursements ou avoirs. À Kinshasa, Goma ou Lubumbashi, réclamer un geste commercial relève du parcours du combattant, quand cela n’est pas simplement accueilli par un haussement d’épaules méprisant.
On se retrouve face à un modèle économique déviant : l’escroquerie institutionnalisée. En encaissant l’argent pour un service non rendu et en verrouillant toute porte de sortie aux consommateurs, ces opérateurs pratiquent une forme de prédation économique sur une population déjà éprouvée.
Le silence coupable des régulateurs
Où sont les arbitres ? Où est l’État ? L’ARPTC (pour les télécoms) et les autorités de régulation de l’énergie semblent briller par leur discrétion. En laissant ces entreprises agir en toute impunité, le régulateur devient complice. Car si le client est roi ailleurs, il est ici un simple « vache à lait » dont on épuise les ressources sans jamais nourrir ses besoins.
Il est temps que la peur change de camp. Sans une association de défense des consommateurs forte et sans des sanctions financières exemplaires contre ces géants aux pieds d’argile, le consommateur congolais restera condamné à payer le prix fort pour le vide. Et c’est bien là le propre de l’escroquerie : vendre du vent au prix de l’or.
Salomon BIMANSHA
