
ENQUÊTE. Entre commissions occultes et blocages administratifs, le ministère des Finances est devenu le goulot d’étranglement de l’économie congolaise.
C’est un document qui fait l’effet d’une bombe dans les couloirs feutrés de Kinshasa. Une lettre officielle, frappée du sceau du ministère de la Justice, vient confirmer ce que les milieux d’affaires murmurent tout bas depuis des mois : la corruption au sein de l’appareil financier de la République Démocratique du Congo n’est plus une dérive marginale, c’est un système.

Le coup de semonce du Ministre Guillaume Ngefa
Il faut saluer ici l’action déterminée et courageuse du Ministre d’État, Ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa Atondoko Andali. Dans une injonction percutante adressée au Procureur Général près la Cour de Cassation, il brise l’omerta et ordonne l’ouverture d’une action publique contre des membres influents du Cabinet du Ministre des Finances.
En désignant nommément les responsables Trésor KIALA et Yannick ISASI. respectivement Chargé d’Études et Conseiller à la Trésorerie au Cabinet du Ministre des Finances présumés de faits de corruption et de concussion, Guillaume Ngefa pose un acte de salubrité publique rare. Son initiative marque une volonté ferme de restaurer l’autorité de l’État face à des réseaux qui, selon le document, exigent jusqu’à 15 % du montant global avant même l’alignement de l’Ordre de Paiement Informatisé (OPI).
Un appel pressant au Procureur Général
Cependant, l’injonction du Ministre ne doit pas rester une simple lettre d’intention. Le Procureur Général près la Cour de Cassation est désormais interpellé par l’opinion publique et les partenaires économiques pour prendre cette instruction avec le plus grand sérieux. L’heure n’est plus aux enquêtes qui s’éternisent ou aux dossiers classés sans suite. La justice doit démontrer qu’elle n’est pas le maillon faible de la lutte contre la corruption. Chaque jour de retard dans l’exécution de cette injonction renforce le sentiment d’impunité et décourage ceux qui, comme Schiller Weinman Congo, choisissent la voie de la légalité.
Parmi les victimes : le dossier Schiller Weinman Congo, dont le matériel de pointe destiné aux FARDC est pris en otage par les « prédateurs » de la signature publique.
Schiller Weinman Congo : L’excellence technologique sacrifiée
Le cas de la société Schiller Weinman Congo est le visage humain de ce calvaire. Partenaire stratégique du ministère de la Défense, cette entreprise a livré aux Forces Armées de la RDC (FARDC) des équipements de réanimation et de monitoring indispensables.

Le matériel en question est une prouesse d’ingénierie médicale :
- Le couplage MEDUCORE / MEDUVENT : Un appareil hybride qui réunit un moniteur de surveillance, un défibrillateur semi-automatique et un ventilateur.
- Assistance intelligente : Doté d’applications capables d’assister l’utilisateur, il fournit les signes vitaux, la saturation en oxygène et permet de réaliser des ECG complexes, offrant un soutien vital au corps de santé militaire.
Malgré la livraison effective et le fait que Schiller Weinman ait préfinancé par deux fois la formation des bénéficiaires avec des experts venus de France et d’Allemagne, l’État peine à honorer sa facture. En cause : un système de « rétro-commissions » qui, selon les enquêtes de terrain, peut grimper jusqu’à 40 % au sein du ministère des Finances.
Le coût de l’impunité
Comme le révélait l’enquête de Bimansha Info de Novembre 2025 , le circuit financier est devenu un marché où la signature se vend au prix fort. Ce n’est plus la validité de la créance ou l’urgence de santé publique (la survie des soldats au front) qui prime, mais la capacité du prestataire à alimenter les circuits occultes.
Les conséquences sont dramatiques : au-delà du préjudice financier, c’est la crédibilité de la signature de l’État qui s’effondre. Bloquer le paiement de matériels de réanimation déjà opérationnels revient à saboter la capacité de réaction médicale de l’armée en pleine période de défis sécuritaires.
Grâce à l’impulsion de Guillaume Ngefa, la justice a désormais les cartes en main. Le dossier transmis par le Collectif des Avocats de la République est sur la table du Procureur. L’heure de vérité a sonné : la justice congolaise saura-t-elle protéger ses partenaires honnêtes ou laissera-t-elle les « prédateurs » du Trésor dicter leur loi ?
Salomon BIMANSHA
