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Diplomatie : le grand retour de l’Oncle Sam au chevet des FARDC ?

ANALYSE. Une délégation de l’Africom a séjourné à Kinshasa pour poser les jalons d’une coopération militaire renforcée. Entre promesse de « paix par la force » et realpolitik, les États-Unis recalibrent leur influence en RDC.

L’image est forte, le timing millimétré. Alors que l’Est de la République démocratique du Congo demeure un brasier que nul ne semble pouvoir éteindre, une délégation de l’Africom — le commandement des États-Unis pour l’Afrique — a foulé le sol congolais cette semaine. Officiellement, il s’agit d’une visite de travail pour « explorer les possibilités de coopération ». Officieusement, c’est un signal envoyé tant aux groupes armés qu’aux puissances rivales qui lorgnent sur le sous-sol congolais.

Le crédo de la « paix par la force »

À la tête de cette mission, le colonel Michael Gacheru n’a pas pratiqué la langue de bois diplomatique habituelle. Devant l’état-major des Forces armées de la RDC (FARDC), l’officier américain a martelé une vision claire : celle de la « paix par la force ». Une sémantique qui résonne particulièrement dans un pays où les missions de maintien de la paix onusiennes ont montré leurs limites chroniques.

« L’Africom est reconnaissant de la volonté et de la coopération constantes des FARDC pour explorer les moyens de renforcer notre coopération en matière de sécurité », a déclaré le colonel Gacheru, avant d’insister sur le « soutien indéfectible » de Washington envers le gouvernement de Kinshasa.

Un pivot stratégique ?

Cette visite intervient dans un contexte de reconfiguration des alliances en Afrique centrale. Alors que Kinshasa a multiplié, ces derniers mois, les appels du pied à des partenaires non-traditionnels et aux sociétés de sécurité privées, le retour au premier plan de l’expertise américaine est scruté de près par les chancelleries.

Pour les FARDC, l’enjeu est triple :

  1. Le renseignement : Accéder aux capacités satellitaires et technologiques américaines pour surveiller les mouvements rebelles.
  2. La formation : Professionnaliser des unités d’élite capables d’opérer dans la jungle du Nord-Kivu et de l’Ituri.
  3. La légitimité : S’assurer du parrainage de la première puissance mondiale pour stabiliser une région en proie à une ingérence régionale persistante.

Les limites de l’exercice

Si le discours est volontaire, la mise en œuvre reste délicate. Washington, souvent critique vis-à-vis du respect des droits de l’homme au sein des forces de sécurité, doit naviguer à vue. Jusqu’où ira ce « soutien indéfectible » ? S’agira-t-il d’une simple assistance technique ou d’un appui matériel conséquent, capable de faire pencher la balance sur le terrain ?

Pour l’heure, la visite de l’Africom ressemble à une phase de diagnostic. Mais dans les couloirs du ministère de la Défense à Kinshasa, l’espoir d’un réengagement massif de l’Oncle Sam n’a jamais été aussi palpable.

Salomon BIMANSHA

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