Home / Politique / Nord-Kivu : l’ombre du général Chirimwami plane toujours sur Goma

Nord-Kivu : l’ombre du général Chirimwami plane toujours sur Goma

RÉCIT. Il y a un an, le gouverneur militaire tombait sur la ligne de front à Mubambiro. Douze mois plus tard, entre commémorations officielles et zones d’ombre persistantes, le mystère de sa disparition continue de hanter les chancelleries et les états-majors.

Le 23 janvier 2025, le Nord-Kivu basculait dans l’effroi. Ce jour-là, le général-major Chirimwami Nkuba Peter, l’homme à qui Kinshasa avait confié les clés d’une province en état de siège, quittait Goma sous une escorte tendue. Sa mission ? Galvaniser les troupes à Mubambiro, ce verrou stratégique situé aux portes de la ville, où les forces loyalistes tentaient de freiner l’inexorable progression des rebelles. Il n’en reviendra jamais.

Une mort au cœur de la fournaise

À l’époque, la situation est critique. Les détonations d’artillerie font trembler les vitres de la capitale provinciale. Chirimwami, officier de terrain réputé pour son tempérament volcanique, veut montrer l’exemple. Mais sur cette ligne de front où la confusion règne, une balle met fin à son commandement.

Très vite, la communication officielle de l’armée se veut lapidaire : le général a été fauché par un tir de sniper « ennemi ». Un acte de guerre, héroïque et tragique, destiné à sceller l’unité nationale derrière ses martyrs. Pourtant, un an plus tard, ce récit « de marbre » s’est fissuré sous le poids des doutes.

Un sniper trop précis ou une trahison interne ?

Dès les premières heures suivant l’annonce du décès, les versions ont commencé à diverger. Dans les cercles sécuritaires de la sous-région, le scénario du tireur isolé du M23 peine à convaincre tout le monde. Comment un officier de son rang, entouré d’une garde prétorienne aguerrie, a-t-il pu être exposé à ce point ?

  • L’hypothèse du « tir ami » : Certains observateurs évoquent des tensions internes au sein du commandement des opérations.
  • La piste de la trahison : La géolocalisation précise du gouverneur au moment de l’impact soulève la question de complicités à haut niveau.
  • Le chaos du front : Pour d’autres, c’est simplement l’anarchie d’une ligne de front poreuse qui a eu raison du général.

Goma, entre recueillement et incertitude

Aujourd’hui, 23 janvier 2026, l’ambiance est lourde à Goma. Si une cérémonie de dépôt de gerbes de fleurs a marqué cet anniversaire, l’héritage de Chirimwami est âprement discuté. Pour les déplacés des camps de Mugunga, il reste celui qui a tenté de faire barrage de son corps. Pour les analystes politiques, sa mort a marqué un tournant dans la conduite de la guerre à l’Est, précipitant de nouveaux changements de stratégie à Kinshasa.

La dépouille du général repose désormais, mais les questions de sa famille et d’une partie de l’opinion congolaise restent vivaces. Dans le tumulte de la guerre du Kivu, la vérité est souvent la première victime, bien avant les généraux.

Salomon BIMANSHA

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *