
DÉCRYPTAGE. Alors que la capitale congolaise croule sous la menace des « Kuluna », les autorités déploient des moyens colossaux pour la collecte des taxes, laissant les citoyens face à leur propre sort. Enquête sur un État qui privilégie sa caisse à sa police.
Par la Rédaction
L’art de la mobilisation… fiscale
C’est un déploiement qui ferait rêver n’importe quel chef d’état-major en zone de guerre. Pour renflouer les caisses de l’État — ou, comme le dénoncent les mauvaises langues, pour alimenter des circuits de détournement bien huilés — l’autorité publique kinoise vient de frapper un grand coup. Les chiffres donnent le tournis : 3 000 agents mobilisés de manière circonstancielle et la création stratégique de 60 postes de contrôle à travers la ville.
L’objectif affiché ? La traque de la moindre faille fiscale. Dans les faits, c’est un maillage serré de la capitale qui s’installe, transformant chaque carrefour en un péage administratif. Une efficacité redoutable qui prouve une chose : quand l’argent est en jeu, l’État sait être agile, moderne et omniprésent.
Le « Kuluna », ce grand oublié
Pourtant, à quelques mètres de ces postes de contrôle flambant neufs, la réalité des Kinois est tout autre. Dès la nuit tombée, ou même en plein jour dans certains quartiers, le phénomène « Kuluna » — ces gangs de jeunes armés de machettes — dicte sa loi. Vols, agressions, mutilations : le quotidien est une loterie sanglante.
Face à cette terreur, le discours officiel change brutalement de ton. Les moyens, hier encore pléthoriques pour la collecte d’argent, deviennent soudainement « inadéquats ». Manque d’effectifs, manque de véhicules, manque de budget : la rengaine de l’impuissance tourne en boucle. Un paradoxe qui ne passe plus auprès d’une population qui se demande pourquoi l’État a les moyens de prélever son argent, mais pas celui de protéger sa vie.
« C’est une gestion à deux vitesses : une administration prédatrice et une sécurité démissionnaire. » — Un observateur de la vie politique locale.
Le divorce est consommé
Ce décalage flagrant entre les priorités de l’élite et les besoins du peuple crée un cocktail explosif. En se montrant capable du meilleur pour la prédation et du pire pour la protection, l’autorité publique fragilise le contrat social.
Le constat est amer : pour le citoyen lambda, l’autorité n’apparaît plus comme un rempart contre le chaos, mais comme une charge supplémentaire. Entre la machette du délinquant et le carnet de contravention de l’agent, le Kinois se sent pris en étau.
Le verdict est sans appel : si les représentants du peuple ne remettent pas en question cette gestion cynique, le divorce avec la base ne sera plus seulement moral, il pourrait devenir politique. Le peuple, lassé de financer sa propre insécurité, commence déjà à demander des comptes.
Salomon BIMANSHA
