Home / Kinshasa / Kinshasa : Pas de quitus fiscal, pas de mariage ? Le tour de vis de l’Hôtel de Ville

Kinshasa : Pas de quitus fiscal, pas de mariage ? Le tour de vis de l’Hôtel de Ville

DÉCRYPTAGE. Pour renflouer les caisses de la capitale, le gouvernement provincial instaure un « quitus fiscal » obligatoire. Désormais, être en règle avec le fisc devient la condition sine qua non de la vie civile et immobilière.

C’est un vent de rigueur qui souffle sur les rives du fleuve Congo. À Kinshasa, l’heure n’est plus à la souplesse administrative. Le message de Magloire Kabemba, ministre provincial des Finances, de l’Économie et du Numérique, est limpide : l’incivisme fiscal a vécu. L’arme fatale du gouvernement provincial ? Le quitus fiscal urbain.

Ce document, véritable sésame administratif, atteste qu’un citoyen ou une entreprise est à jour de ses obligations : impôt foncier (IF), impôt sur les revenus locatifs (IRL) et taxe de circulation routière. Sans lui, les portes de l’administration pourraient bien rester closes, même pour les actes les plus personnels, comme le mariage, ou les plus stratégiques, comme la vente d’un terrain.

Le barème de la discorde ?

Pour la Direction Générale des Recettes de Kinshasa (DGRK), l’enjeu est colossal. La capitale doit se financer, et chaque mètre carré est désormais scruté. Selon le ministre Kabemba, les tarifs ont été pensés pour coller à la réalité sociologique de cette métropole de plus de 15 millions d’habitants.

Pour les particuliers, le montant de l’impôt foncier est forfaitaire et dépend du prestige de la commune :

  • Les zones de 1er rang (Gombe) : Le haut du panier, avec des contributions pouvant atteindre 450 USD.
  • Les zones périphériques (Kimbanseke, Matete) : Un effort plus modeste, débutant à 10 USD.

Pour les entreprises (personnes morales), le calcul devient chirurgical. On ne parle plus de forfait, mais de superficie bâtie. Les taux varient entre 1,8 et 3,5 USD par m² pour les sociétés classiques, grimpant jusqu’à 8 USD pour les professionnels de l’immobilier. Même les terrains vagues ne sont pas épargnés : le « terrain non bâti » devient une charge fiscale pouvant coûter jusqu’à 250 USD aux particuliers.

L’échéance du 1er février : un compte à rebours sous haute tension

Le ministre a été on ne peut plus clair : la déclaration des biens — qu’ils soient imposables ou exemptés — doit être faite avant le 1er février de chaque année. Pour faciliter ce parcours du combattant, des agents bancaires ont été déployés directement dans les centres communaux de la DGRK. « Allez-y, payez, et obtenez votre précieux sésame », semble dire l’exécutif provincial.

« Cet imprimé sécurisé atteste qu’une personne est en ordre à la date de sa délivrance », martèle Magloire Kabemba.

Une stratégie de « traçabilité civile »

L’innovation réside moins dans l’impôt lui-même que dans sa force contraignante. En liant le quitus fiscal à des actes de la vie courante (vente immobilière, formalités de mariage), la ville de Kinshasa parie sur un sevrage brutal de l’informel.

Reste à savoir si la logistique de la DGRK suivra l’ambition politique. Car si l’idée de faire contribuer chacun au développement de la ville est noble, l’attente aux guichets et la bureaucratie pourraient bien devenir le nouveau casse-tête des Kinois. Une chose est sûre : à Kinshasa, la fête fiscale est finie.

Salomon BIMANSHA

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *