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RDC : La politique de l’autruche ou le suicide monétaire ?

Analyse. Entre adjudications frénétiques d’obligations du Trésor et retards de paie chroniques, Kinshasa joue avec le feu. Un scénario catastrophe que l’économiste Godé Mpoy avait pourtant prédit dès octobre 2025. Récit d’une descente aux enfers budgétaires.

C’est un adage qui colle à la peau de la République Démocratique du Congo : nul n’est prophète chez soi. Alors que les signaux d’alerte viraient au rouge vif à la fin de l’année dernière, les autorités monétaires  semblaient naviguer à vue, sourdes aux critiques. Aujourd’hui, le réveil est brutal. La politique monétaire de la RDC ressemble désormais à une fuite en avant qui ne dit pas son nom.

L’engrenage de la dette intérieure

Le mécanisme est aussi vieux que le monde, mais ses conséquences restent dévastatrices. Pour combler un déficit public abyssal, l’État congolais multiplie les adjudications d’Obligations du Trésor. En clair : il emprunte massivement auprès des banques commerciales locales pour financer son train de vie.

Le problème ? Ce recours systématique au marché intérieur crée un effet d’éviction massif. En prêtant à l’État — un client certes risqué mais incontournable — les banques ferment le robinet du crédit aux entreprises privées et aux particuliers. Résultat, la croissance s’asphyxie pendant que la dette intérieure gonfle, telle une bombe à retardement logée au cœur du système financier.

Le calvaire des fonctionnaires

Au bout de cette chaîne de décisions contestables, se trouve le « petit peuple » : les agents de l’État. La paie, autrefois sacralisée, est devenue une variable d’ajustement. Retards de plusieurs semaines, versements fragmentés… L’incapacité du Trésor public à honorer ses engagements salariaux de manière régulière trahit une tension de trésorerie sans précédent.

Lorsqu’un État doit choisir entre rembourser ses obligations pour ne pas voir son système bancaire s’effondrer et payer ses enseignants ou ses médecins, il n’est plus dans la gestion, il est dans la survie. Cette précarité fragilise la consommation intérieure et alimente un climat social délétère dans les grands centres urbains comme Kinshasa ou Lubumbashi.

Godé Mpoy : Le Cassandre congolais

« Bravo », disent aujourd’hui les observateurs avertis. Bravo à l’économiste Godé Mpoy. Dès octobre 2025, alors que le gouvernement affichait encore un optimisme de façade, l’ancien président de l’Assemblée provinciale de Kinshasa tirait la sonnette d’alarme.

Avec la précision d’un scalpel, Mpoy avait diagnostiqué l’incohérence entre les recettes réelles et les dépenses de prestige, prévenant que l’usage abusif des instruments de dette intérieure finirait par mordre la queue de la monnaie nationale, le Franc Congolais. À l’époque, ses alertes furent balayées d’un revers de main, taxées de « pessimisme politique ». Aujourd’hui, les chiffres lui donnent raison : l’inflation galope, et le pouvoir d’achat des Congolais fond comme la glace  au soleil.

Un changement de cap est-il encore possible ?

La RDC ne pourra pas éternellement financer son fonctionnement par des acrobaties monétaires. Pour sortir de cette spirale « suicidaire », plusieurs leviers s’imposent :

  • La réduction drastique du train de vie de l’État (une antienne souvent répétée, jamais appliquée).
  • La diversification des recettes pour sortir de la dépendance aux seules matières premières.
  • La restauration de la crédibilité budgétaire pour rassurer les partenaires internationaux.

Sans un virage à 180 degrés, le pays risque de voir son économie s’enliser dans une stagflation (croissance nulle et inflation forte) dont il sera difficile de s’extraire. L’histoire retiendra que les solutions étaient sur la table, et que les prophètes, comme Godé Mpoy, avaient parlé. On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas.

Salomon BIMANSHA

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