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RDC : La « taxe sur la prime », le nouveau scandale qui ébranle le ministère des PME

C’est une affaire qui illustre la créativité macabre de la bureaucratie kinoise lorsqu’il s’agit de ponctionner les plus précaires. Au ministère des Petites et Moyennes Entreprises (PME), le droit au salaire n’est plus automatique : il s’achète. Enquête sur un système d’extorsion de fonds qui semble s’être institutionnalisé sous couvert de « commissions » officielles.

À Kinshasa, on connaissait le « phénomène retour », ce pourcentage prélevé sur les contrats publics. Voici désormais la « commission de la liste ». Selon des informations de sources internes particulièrement alarmantes, une fraude systémique s’est installée au sommet du secrétariat général des PME. Le principe est d’une simplicité révoltante : pour qu’un agent voie son nom inscrit sur la liste des bénéficiaires des primes envoyée au Budget, il doit s’acquitter d’un droit d’entrée de 50 dollars.

Une administration « boutique »

Au cœur de ce dispositif, deux noms circulent avec insistance. D’un côté, la Secrétaire générale, Madame Rukya Ramazani, pointée du doigt comme l’ordonnatrice de cette pratique. De l’autre, un certain Directeur Mulimbi. Ce dernier aurait franchi un cap dans l’industrialisation du racket en créant une véritable « commission » ad hoc.

Loin d’être un organe de contrôle, cette structure — qui regrouperait tous les secrétaires de directions — agirait comme un filtre douanier interne. On ne traite plus de dossiers administratifs, on gère un péage. Pour les fonctionnaires, souvent déjà étranglés par un coût de la vie exorbitant, cette ponction représente une part colossale de leurs revenus. Beaucoup sont contraints de s’endetter pour payer le droit de percevoir leur propre argent.

La concussion au mépris de la Loi

Pourtant, les textes sont d’une clarté de cristal. La Loi n°16/013 garantit le versement des primes sans condition arbitraire. Sur le plan pénal, exiger un paiement pour un service dû par l’État porte un nom : la concussion. L’article 160 du Code pénal congolais est sans équivoque, mais dans les couloirs du ministère, le droit semble s’être arrêté à la porte des bureaux de direction.

Ce mécanisme de « service payant » transforme l’administration publique en une boutique privée où le fonctionnaire devient le client — ou plutôt la proie — de sa hiérarchie.

L’heure du grand nettoyage ?

L’étau se resserre désormais sur les responsables de cette structure. Ce cri d’alarme résonne comme un test pour les institutions de contrôle :

  • L’Inspection Générale des Finances (IGF) : L’urgence d’un audit de la chaîne de dépense au sein de ce ministère est absolue pour démanteler cette « commission Mulimbi ».
  • La Présidence de la République : Dans une période où le chef de l’État prône la fin de l’impunité, le silence face à une extorsion aussi manifeste serait un signal dévastateur.
  • Le Ministère de la Fonction Publique : Il doit urgemment rappeler que les listes de primes ne sont pas des marchandises.

Cette affaire dépasse largement le cadre des 50 dollars. Elle symbolise l’effritement d’un État où, pour avoir droit à la loi, il faut parfois corrompre ceux qui sont censés l’appliquer. Le sursaut collectif est attendu.

Salomon BIMANSHA

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