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ÉDITORIAL : L’uniforme et le crime, le mal rongeur de la sécurité congolaise

L’arrestation de deux policiers et deux militaires lors de l’opération à Kintambo n’est pas qu’un fait divers. C’est le symptôme d’une pathologie profonde qui affecte l’appareil sécuritaire de la RDC. Si le coup de filet est un succès tactique pour le commissariat provincial, il met à nu le défi titanesque de la réforme du secteur de la sécurité (RSS).

Le paradoxe du protecteur-prédateur

Depuis des décennies, Kinshasa oscille entre deux réalités : une police qui manque de moyens et une délinquance qui se professionnalise. Lorsque l’uniforme se retrouve du côté des prévenus, la confiance entre la population et l’État s’effondre. Ce phénomène, souvent lié à des soldes dérisoires et à un encadrement défaillant, transforme certains agents en « entrepreneurs du crime ».

Les trois piliers d’une réforme urgente

Pour que les bouclages nocturnes ne soient pas de simples coups d’épée dans l’eau, trois leviers doivent être actionnés simultanément :

  1. L’assainissement des effectifs (Vetting) : Identifier et écarter systématiquement les éléments infiltrés ou condamnés.
  2. L’amélioration du social : Un policier bien payé et logé est moins enclin à céder aux sirènes du braquage ou du kidnapping.
  3. La justice militaire exemplaire : Le passage en procédure de flagrance pour les agents impliqués dans la criminalité urbaine doit servir de catalyseur de dissuasion.

Un signal fort, mais après ?

L’opération conjointe PNC-FARDC montre une volonté de reprise en main de l’espace public. Cependant, l’histoire récente de Kinshasa regorge d’opérations de ce type restées sans suite judiciaire probante. Le défi pour les autorités n’est plus seulement d’arrêter, mais de condamner et de prévenir.

La sécurité des Kinois ne se jouera pas seulement dans les rues de Kintambo à 2 heures du matin, mais dans les bureaux de l’inspection générale des services et dans la rigueur des tribunaux militaires.

Salomon BIMANSHA

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