
L’Inspection Générale des Finances (IGF) vient de lever le voile sur un système de prédation institutionnalisé. Chiffres à l’appui, l’audit du fichier de la paie révèle un gouffre financier de 67 millions de dollars par mois. Entre « matricules fantaisistes » et agents multi-cartes, plongée dans les méandres d’une administration passée maître dans l’art de l’évaporation des fonds publics.
C’est un rapport qui fait l’effet d’une bombe dans les couloirs feutrés de la Primature et des ministères kinois. L’inspecteur chef de service Christophe Bitasimwa et ses équipes de l’IGF n’ont pas fait dans la dentelle : le fichier de la paie des agents et fonctionnaires de l’État congolais est une passoire. Le préjudice ? 149 milliards de francs congolais (soit 67,7 millions USD) qui s’envolent chaque mois dans la nature, ou plutôt dans les poches de « réseaux mafieux » particulièrement inventifs.
L’inventaire de l’absurde
Le communiqué de l’IGF détaille une mécanique de fraude presque surréaliste. Pour gonfler l’enveloppe globale, tous les ressorts ont été utilisés :
- 145 604 agents perçoivent un salaire avec des numéros matricules jugés « incorrects, fantaisistes ou fabriqués ».
- 53 328 agents disposent de plusieurs numéros sous une seule et même identité.
- 93 356 agents se partagent, comme par enchantement, le même numéro matricule.
Plus inquiétant encore pour la rigueur administrative, plus de 43 000 individus émargent au budget de l’État sans même figurer sur les listes déclaratives de leurs services d’origine. En clair, ils existent pour le comptable, mais pas pour leur employeur.
Le club des « 961 » : les architectes du chaos
Au cœur de ce système, l’IGF pointe du doigt une élite de la fraude. 961 agents chargés du traitement de la paie se sont servis directement à la source. Le rapport souligne des cas d’une audace rare : certains noms apparaissent sur plus de 15 listes de paie différentes. Un cumul de mandats d’un genre nouveau qui permet à une poignée de fonctionnaires de vider les caisses du Trésor pendant que la base peine à joindre les deux bouts.
« Ce réseau mafieux sera transmis aux instances judiciaires », martèle l’IGF, promettant des poursuites pour ces « techniciens » de la spoliation.
La pression du FMI et l’urgence de Félix Tshisekedi
Ce grand déballage n’arrive pas par hasard. La semaine dernière, le Fonds Monétaire International (FMI) tirait la sonnette d’alarme : la masse salariale dévorerait désormais plus de la moitié du budget de l’État. Une trajectoire insoutenable pour une économie qui cherche désespérément de l’oxygène financier.
Face à la menace d’un étouffement de la trésorerie, le président Félix Tshisekedi a dû agir. Lors du dernier Conseil des ministres, le chef de l’État a ordonné un audit de l’état liquidatif de la paie. L’objectif est double : assainir les finances publiques pour rassurer les bailleurs de fonds, et garantir que les « vrais » fonctionnaires puissent être payés régulièrement sans que leur dû ne soit siphonné par des matricules fantômes.
Dans une RDC en quête de stabilité, la bataille de la paie ne fait que commencer. Mais avec 67 millions de dollars de pertes mensuelles identifiées, le gouvernement sait désormais où chercher ses premières économies.
Salomon BIMANSHA
