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150 divorces en 60 jours : Pourquoi le mariage ne tient plus trois ans à Kinshasa

C’est un chiffre qui donne le tournis et interroge sur la solidité du contrat social dans la capitale congolaise. Au tribunal de paix de Kinshasa-Ngaliema, le greffe des affaires matrimoniales ne désemplit pas. En soixante jours, 150 dossiers de divorce ont été dépouillés. Un naufrage collectif où la jeunesse des unions est frappée par une malédiction statistique : aucun de ces mariages n’avait fêté son troisième anniversaire.

Une machine à désunir

À Ngaliema, commune de contrastes où les villas huppées côtoient les quartiers populaires enclavés, le tribunal de paix est devenu le théâtre d’une désillusion brutale. Cent cinquante ruptures actées en deux mois, soit une moyenne de plus de deux séparations par jour ouvré. Mais au-delà du volume, c’est la précocité des échecs qui sidère les magistrats.

« Nous assistons à une consommation immédiate du mariage, puis à son rejet tout aussi rapide », confie une source proche du dossier. « Le cap des trois ans, autrefois considéré comme une simple zone de turbulence, est devenu une barrière infranchissable pour ces couples. »

La « Génération Flash » face au réel

Comment expliquer cette fragilité systémique ? Les experts pointent du doigt un cocktail explosif de facteurs socioculturels et économiques :

  • Le poids des apparences : À Kinshasa, le « mariage-spectacle » impose une pression financière démesurée. On s’endette pour le paraître d’une journée, laissant le foyer exsangue dès le lendemain de la fête.
  • L’illusion numérique : La culture des réseaux sociaux crée des attentes irréalistes. Quand le quotidien des coupures d’électricité et d’eau remplace les filtres Instagram, le couple vacille.
  • Le choc des libertés : Une mutation profonde des rapports homme-femme s’opère dans la capitale. Les jeunes conjoints, plus jaloux de leur autonomie, tolèrent de moins en moins les compromis que leurs aînés acceptaient par devoir ou par pression familiale.

Un miroir de la crise sociale

Si le divorce se démocratise, il révèle aussi une crise de la transmission. Autrefois, les « Conseils des Sages » familiaux servaient de tampon. Aujourd’hui, la justice est saisie en premier recours, souvent pour des motifs de « sollicitude inexistante » ou d’incompatibilité de caractère radicale.

Ces 150 cas ne sont que la partie émergée de l’iceberg, le Tribunal de Paix de Ngaliema n’étant qu’une juridiction parmi d’autres dans une mégapole de 17 millions d’habitants. Mais le signal est clair : à Kinshasa, le « pour le meilleur et pour le pire » semble avoir été amputé de sa seconde moitié.

Le mariage est-il en train de devenir une institution jetable en milieu urbain congolais ?

Salomon BIMANSHA

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