
Disparition. Le compositeur et arrangeur malien, architecte de la fusion afro-cubaine et figure tutélaire de la scène continentale, est décédé ce samedi 28 février à Bamako à l’âge de 77 ans.
C’est une silhouette élégante et une oreille absolue qui s’effacent des radars de la musique mondiale. Boncana Maïga, que tout le continent appelait respectueusement « le Maestro », a rendu son dernier souffle à la Clinique Pasteur de Bamako. Avec lui, c’est tout un pan de l’histoire culturelle post-coloniale qui bascule dans la légende.
L’enfant de Gao et l’escale havanaise
Né en 1949 à Gao, Boncana Issa Maïga n’a pas seulement traversé les époques ; il les a orchestrées. Des premières notes au sein du Négro Band de Gao jusqu’aux conservatoires de La Havane, son destin fut celui d’un pont jeté entre deux rives de l’Atlantique.
Dans les années 1960, envoyé à Cuba par le régime de Modibo Keïta, il devient l’un des piliers des Las Maravillas de Mali. C’est là, entre solfège rigoureux et nuits de salsa, qu’il forge son identité : une rigueur académique au service d’un swing indomptable.
Le « faiseur de tubes » d’Abidjan
Si Bamako l’a vu naître, c’est à Abidjan que Boncana Maïga devient une institution. Chef d’orchestre de la RTI, arrangeur visionnaire, il est celui que l’on appelle pour « polir » un diamant brut. Sa main passera sur les plus grands succès de la musique ouest-africaine des années 1980 et 1990.

« Il ne se contentait pas d’aligner des notes, il donnait une couleur universelle à nos rythmes locaux », confiait récemment un de ses anciens élèves.
En 1992, il franchit une nouvelle étape avec le producteur Ibrahima Sylla en lançant Africando. Le concept est audacieux : marier les voix du Sénégal ou de Guinée au feu des cuivres new-yorkais. Le succès est planétaire, prouvant que la salsa n’est, au fond, qu’une musique africaine ayant fait le voyage retour.
Un passeur de témoin
Au-delà des studios, Boncana Maïga était devenu le visage de la culture africaine sur les écrans avec « Stars Parade » sur TV5. Un rôle de mentor qu’il poursuivra jusqu’au bout avec sa structure Maestro-Sound Mali, dédiée à l’éclosion de la jeune garde.
Ses distinctions majeures :
- 1997 : Kora Award du meilleur arrangeur.
- Années 2000 : Officier de l’Ordre National du Mali.
Marié à la chanteuse guinéenne Kamaldine, le Maestro laisse derrière lui une œuvre immense, synthèse parfaite entre la flûte enchantée des Caraïbes et la profondeur du fleuve Niger. L’Afrique perd aujourd’hui son plus grand chef d’orchestre.
Salomon BIMANSHA
