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RDC : Le rempart des « Gardiens de la Terre » face à l’agression

REPORTAGE. À l’ouverture du Forum national des affaires coutumières ce lundi à Kinshasa, Félix Tshisekedi a sanctuarisé le rôle des chefs traditionnels, érigeant la légitimité ancestrale en bouclier contre les velléités d’occupation rwandaise.

C’est un décor de pourpre et de léopard qui a planté les racines de la République, ce lundi, dans la capitale congolaise. En ouvrant le Forum national des affaires coutumières, le président Félix Tshisekedi ne s’est pas contenté d’inaugurer une énième table ronde administrative. Il a convoqué l’âme même de la nation pour répondre à une menace existentielle : la déconstruction méthodique de l’autorité de l’État dans l’Est du pays.

Un bastion contre l’« administration parallèle »

Dans les zones sous emprise du M23, soutenu par Kigali, la stratégie de l’agresseur est connue : briser les structures sociales millénaires pour mieux asseoir une domination territoriale. En remplaçant les chefs coutumiers légitimes par des pions à sa solde, le mouvement rebelle tente d’opérer une greffe identitaire forcée.

Face à cette offensive, le message du Chef de l’État a claqué comme un rappel à l’ordre historique :

« Aucune puissance, aucun groupe armé, aucune administration parallèle, ne pourrait effacer nos lignages. Les terres de nos ancêtres ne sont pas des terrains de manœuvres géopolitiques. »

La coutume, pilier de la stabilité

Au-delà de la rhétorique guerrière, l’enjeu de ce forum est éminemment stratégique. En RDC, le chef coutumier est bien plus qu’une figure folklorique ; il est le pivot du développement local et le garant de la cohésion communautaire. Dans un pays où l’administration centrale peine parfois à se déployer, la chefferie reste le dernier kilomètre de la stabilité.

Les objectifs de ces assises sont clairs :

  • Renforcer le cadre juridique de l’autorité coutumière pour éviter les successions contestées, souvent sources de conflits locaux.
  • Intégrer les chefs dans la dynamique de développement à la base (notamment via le Programme des 145 territoires).
  • Sanctuariser le foncier, nerf de la guerre et outil de souveraineté.

Le défi de la modernité

Le défi pour Kinshasa est désormais d’arrimer cette autorité ancestrale aux exigences de l’État moderne. Comment moderniser sans dénaturer ? Comment protéger ces gardiens du temple contre les intimidations des milices tout en leur donnant les moyens de leur politique ?

En réaffirmant l’inviolabilité des lignages, Félix Tshisekedi envoie un signal fort à la communauté internationale et aux forces d’agression : en République Démocratique du Congo, la terre ne se vend pas, elle s’hérite. Et la légitimité ne se décrète pas depuis une chancellerie étrangère ou un maquis, elle coule dans les veines d’une histoire que personne, semble-t-il, ne pourra effacer.

Salomon BIMANSHA

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