
À Kinshasa, la politique se joue souvent sur un fil, et ce fil vient de se rompre pour Modeste Bahati Lukwebo. Vingt-quatre heures après une sortie médiatique tonitruante où il a exprimé une opposition frontale à toute révision ou changement de la Constitution — ce chantier cher à la plateforme de l’Union sacrée —, le deuxième vice-président du Sénat se retrouve dans l’œil du cyclone.
Une contre-attaque éclair
Il n’aura fallu qu’une journée pour que la machine de l’Union sacrée se mette en branle. L’initiative de la « décapitation » politique de l’ancien président du Sénat est portée par le sénateur Dany Kabongo Bondanya. À neuf jours de la rentrée parlementaire, le calendrier est millimétré, le message est limpide : la dissidence interne ne sera pas tolérée.
Pour le sénateur Kabongo, l’offense est autant institutionnelle que politique. « Ces propos ne sont pas du tout corrects », tonne-t-il, dénonçant un « manque de respect » caractérisé à l’égard du chef de l’État. L’argumentaire est rodé : en tant que membre du présidium de l’Union sacrée et haut dignitaire de la troisième institution de la République, Modeste Bahati aurait dû, selon ses pairs, respecter la loyauté due à « l’autorité morale » de la plateforme.
Le crime de lèse-majesté constitutionnelle
Au cœur de la discorde, le sujet brûlant de la Constitution. Bahati Lukwebo, patron du regroupement AFDC-A, a osé briser le tabou, qualifiant la question de « problème d’homme » plutôt que de texte. Une analyse qui, dans le climat actuel, est perçue par les caciques du régime comme un acte d’insubordination pure et simple.
« Il a fallu qu’il se réfère à l’autorité morale avant de faire cette déclaration », martèle Dany Kabongo. En clair, le débat démocratique est prié de se tenir en vase clos, loin du regard des Congolais.
Une purge en préparation ?
Dany Kabongo ne compte pas en rester là. Il a d’ores et déjà promis de livrer, dès demain, un inventaire complet des griefs contre le sénateur Bahati. Cette menace laisse présager une offensive en règle destinée non seulement à évincer l’intéressé du bureau de la « chambre des sages », mais probablement à fragiliser son poids politique au sein de la coalition au pouvoir.
Pour Modeste Bahati, c’est une épreuve de force périlleuse qui s’engage. L’homme qui a su naviguer pendant des années dans les eaux troubles de la politique congolaise saura-t-il cette fois éviter le naufrage ? La promptitude de la riposte suggère que le pouvoir ne craint plus de se séparer de ses alliés encombrants, quitte à créer des turbulences majeures à quelques jours d’une rentrée parlementaire qui s’annonçait déjà sous haute tension.
La « chambre des sages » est en train de redevenir, comme souvent, le théâtre d’un combat de gladiateurs.
Salomon BIMANSHA
