
C’est une litanie macabre qui n’en finit plus. Pour la troisième fois en moins de deux mois, la terre s’est dérobée sous les pieds des mineurs clandestins de Masisi. Entre pluies diluviennes et exploitation sauvage sous contrôle rebelle, le bilan humain s’annonce terrifiant.
Une terre qui s’effondre à l’aube
Il était environ 4 heures du matin, ce samedi 7 mars 2026, quand le flanc de la colline a cédé. Dans un fracas sourd, des tonnes de terre et de boue ont déferlé sur le site minier de Gakombe/Gatambi Kalambairo, à Rubaya. En quelques secondes, plusieurs galeries minières ont été littéralement gommées de la carte, emprisonnant sous la roche des dizaines de creuseurs.
Mais le drame ne s’est pas arrêté aux puits. La coulée de boue a fini sa course sur le village de Kalambairo, broyant les habitations de fortune. Le bilan, bien que provisoire, est déjà qualifié de « très lourd » par les sources locales. Parmi les décombres, on retire des corps d’hommes, de femmes, mais aussi — vision d’horreur — de nourrissons et d’enfants.
L’impuissance face au chaos
Établir un décompte précis des victimes relève aujourd’hui de l’impossible. L’insécurité chronique qui ronge la zone entrave les secours et les constatations officielles. « Nous creusons à mains nues, mais l’accès est périlleux », témoigne un habitant.
Ce drame est le troisième en un temps record :
- 28 janvier 2026 : Premier glissement meurtrier.
- 3 mars 2026 : Une catastrophe similaire où le ministre des Mines a déploré plus de 200 morts.
- 7 mars 2026 : Le coup de grâce pour une population déjà exsangue.
Le « sang des minerais » et la colère de Kinshasa
Le site de Rubaya n’est pas censé être exploité. Officiellement classé « zone rouge », toute activité y est strictement interdite. Pourtant, le creusage intensif et illégal se poursuit au mépris des règles de sécurité les plus élémentaires, fragilisant un sol déjà saturé par les pluies saisonnières.
Pour le gouvernement congolais, le coupable est tout désigné : l’Alliance Fleuve Congo (AFC) associée au M23. Kinshasa accuse les rebelles de maintenir une exploitation minière prédatrice et hors de contrôle pour financer leur effort de guerre.
« Ce ne sont pas des accidents de travail, ce sont des homicides causés par une exploitation criminelle », fustige un cadre du ministère des Mines.
Le gouvernement a d’ores et déjà annoncé le lancement de poursuites judiciaires contre les bénéficiaires finaux de cette chaîne d’approvisionnement illégale. Mais sur le terrain, entre les décombres de Kalambairo, la justice semble bien loin face à l’urgence de déterrer les morts.
Salomon BIMANSHA
