
C’est une mise au point musclée. Réunie ce samedi à Kinshasa, la société civile environnementale, portée par le Groupe de Travail Climat REDD+ Rénové (GTCRR), est sortie de sa réserve. En ligne de mire : les velléités de certains élus de remettre en cause le contrat carbone historique liant la République démocratique du Congo à la Banque mondiale.
Le décor est planté au siège national du GTCRR. Face à la presse, une image forte : Guy Kajemba, Coordonnateur national, flanqué du coordonnateur provincial du GTCRR Mai-Ndombe. Un front uni pour défendre ce qu’ils considèrent comme le dernier rempart financier des communautés locales : le Contrat d’Achat/Vente des réductions des émissions (ERPA/CAVRE).

Un contrat sous haute tension
L’enjeu est colossal. Signé en 2018, ce contrat porte sur une valeur de 55 millions de dollars pour la réduction de 11 millions de tonnes de CO2 dans la province du Mai-Ndombe. Alors que le premier versement de 19,47 millions USD vient d’être décaissé, des voix s’élèvent au Parlement pour réclamer une suspension ou une révision rétroactive des termes de l’accord.

Pour Guy Kajemba, la réponse est sans appel : « Nous nous opposons fermement à toute suspension ou révision unilatérale ». Selon la note de position lue lors du point de presse, une telle démarche mettrait en péril la stabilité juridique du pays et, par extension, sa crédibilité sur le marché international du carbone.

Les « gardiens de la forêt » en première ligne
Au-delà des chiffres, c’est une question d’équité sociale qui est soulevée. La société civile rappelle que ce programme n’est pas une simple transaction financière, mais un outil de développement pour les Communautés Locales et Peuples Autochtones (CLPA). Ces populations, qualifiées de « vrais gardiens des forêts », sont les bénéficiaires finaux d’un Plan de Partage des Bénéfices (PPB) méticuleusement élaboré.
La note de position souligne que :

Des équipements ont déjà été acquis et payés.
Des services techniques ont été initiés sur le terrain.
Toute modification du prix ou des quotas exposerait la République à des pénalités contractuelles et à un risque immédiat de suspension des paiements.

L’appel à la Présidence
Le message est clair : la société civile exhorte les acteurs politiques à privilégier la protection effective des droits des populations forestières plutôt que les joutes politiciennes. Tout en soutenant le rôle de contrôle parlementaire, le GTCRR plaide pour un audit indépendant plutôt qu’une fragilisation d’un contrat déjà en cours d’exécution.
Alors que le deuxième rapport de suivi (2021-2022) est en cours d’audit, l’heure n’est plus aux doutes, mais à la consolidation. Pour les défenseurs de l’environnement, le Mai-Ndombe doit rester le laboratoire de la réussite climatique de la RDC, et non le théâtre d’un naufrage diplomatique et financier.
Salomon BIMANSHA
