
D’un village reculé de la Tshuapa aux dorures des ministères kinois, l’actuel ministre d’État publie « L’enfant de Bokungu ». Un récit d’ascension sociale qui se veut un manifeste pour la jeunesse congolaise.
C’est un ouvrage de 178 pages, discret par son format A5, mais ambitieux par son propos. Publié aux Éditions Baudelaire à Lyon, L’enfant de Bokungu n’est pas seulement une autobiographie de plus dans le paysage politique congolais ; c’est la trajectoire d’un homme qui a décidé de « casser le rocher » pour se frayer un chemin vers les sommets.
De la boue de l’Équateur aux prétoires de la Gombe
Le récit débute loin du tumulte de Kinshasa, à Bokungu, dans la province de la Tshuapa. C’est là que Guy Loando Mboyo forge ses premiers souvenirs. À l’époque, rien ne prédestine ce fils du « Grand Équateur » à la gestion de la chose publique. Pourtant, celui que les Kinois railleraient volontiers du sobriquet de mbokatshe (le villageois, le « venant ») porte en lui un atout maître : la soif d’apprendre.
Le parcours est classique mais fulgurant : Bokungu, Mbandaka, puis enfin l’Université de Kinshasa (UNIKIN). En 2009, à seulement 26 ans, il prête serment. Le voilà avocat d’affaires au Barreau de la Gombe. Très vite, il fonde son cabinet, GLM & Associés, devenant le conseil de grandes entreprises. La réussite est là, sonnante et trébuchante, mais l’ambition de Loando dépasse le cadre feutré des cabinets juridiques.
L’aménagement du destin
En politique, l’homme ne fait pas de figuration. Sénateur en 2019, député en 2023, il lance son propre mouvement : Agissons pour la République (AREP). Mais c’est au gouvernement que Guy Loando Mboyo imprime véritablement sa marque. Nommé ministre d’État en charge de l’Aménagement du territoire sous l’ère Sama Lukonde, il s’attaque à un chantier titanesque : dépoussiérer une législation coloniale obsolète.
« La foi, la persévérance et l’engagement. »
Tels sont les trois piliers que l’auteur érige en méthode de gouvernement. Aujourd’hui ministre d’État en charge des Relations avec le Parlement au sein du gouvernement Suminwa, il semble déjà préparer la suite.
Un manuel de résilience
Illustré de clichés personnels, le livre se vend comme un remède au fatalisme. Pour 16,50 euros (environ 43 000 FC), le lecteur est invité à suivre cette métamorphose d’un gamin de village en pilier de l’exécutif. Certes, l’exercice hagiographique n’est jamais loin, mais il souligne une réalité : l’émergence d’une nouvelle garde politique qui mise sur la compétence technique et l’ancrage local.
Le tome II est déjà annoncé. En attendant, « l’enfant de Bokungu » continue de tracer sa route, avec la certitude que, pour un esprit bien né, aucune frontière — même celle de la forêt équatoriale — n’est infranchissable.
Salomon BIMANSHA
