
REPORTAGE. À Kinshasa, le vernissage de l’ouvrage de Myoto Liyolo, « La culture sauve les peuples », a réuni le sommet de l’État autour d’une urgence : faire des arts le nouveau soft power congolais.
« La beauté est une arme, l’art est une stratégie, la culture est notre salut. » L’épitaphe, empruntée au regretté maître sculpteur Alfred Liyolo d’heureuse mémoire , donne le ton. Au salon Congo de l’hôtel Pullman à Kinshasa où se pressait, ce 21 mars, le tout-État — de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka à la ministre de la Culture Yolande Elebe et membres de son gouvernement — l’ambiance n’était pas seulement à la célébration littéraire. Il s’agissait d’un manifeste.
Avec son livre La culture sauve les peuples (Éditions Fondation Liyolo), Myoto Liyolo, entrepreneure et héritière d’un nom qui a façonné le bronze et l’identité congolaise, signe un plaidoyer de 246 pages pour une nation en quête de repères
Le « soft power » comme bouclier
Dans un pays trop souvent résumé à ses richesses minières ou à ses tragédies sécuritaires, l’ouvrage propose un changement de paradigme. Divisé en quatre parties, il explore la culture non pas comme un luxe de salon, mais comme un « outil concret de paix » et un socle de survie

Pour l’autrice, le constat est sans appel : « Un géant qui ne connaît pas sa force est un géant vulnérable » Elle exhorte ses compatriotes à regarder au-delà des frontières coloniales pour retrouver une unité dans la Rumba, la peinture populaire ou les traditions ancestrales. Une vision partagée par la Première ministre, qui a préfacé l’ouvrage et souligné que la culture est « la mémoire vivante des peuples, un fil invisible qui relie hier à demain »
Un procès de l’oubli
Le moment fort de la soirée fut sans conteste la performance théâtrale coup de poing mise en scène par la compagnie Marabou. Sur les planches, des jeunes artistes ont simulé le procès de la culture congolaise, accusée de disparaître sous les coups de boutoir de la modernité mal digérée et de la précarité .
« Ce n’est pas la culture qui a failli, c’est nous qui l’avons abandonnée », a lancé un comédien dans un cri du cœur rappelant que sans transmission, un peuple meurt
Entre poésie et rumba, le spectacle a rappelé que l’art congolais, des tresses codées des esclaves aux chants de résistance, a toujours été un langage de liberté
Vers 2050 : Le rêve d’un leadership créatif
Au-delà de l’émotion, le vernissage a servi de rampe de lancement à une ambition géopolitique. Myoto Liyolo projette une RDC leader du soft power africain à l’horizon 2050, misant sur une population jeune, connectée et intrinsèquement créative .

L’inauguration d’un « mur des gardiens de la culture » et le lancement d’un jeu de cartes pédagogique innovant marquent la volonté de ne pas laisser ce livre prendre la poussière dans les bibliothèques . À 500 dollars l’exemplaire de soutien lors de la vente aux enchères, les ministres présents ont mis la main à la poche, signe que le message a été entendu : pour sauver le peuple, il faut d’abord sauver ce qui le définit.
Reste désormais à transformer l’essai : faire en sorte que cette « arme de beauté » ne reste pas confinée aux élites kinoises, mais irrigue un pays qui, du fleuve aux montagnes de l’Est, attend de retrouver sa voix.
Salomon BIMANSHA
