
C’est un message qui résonne comme un glas, un condensé de détresse envoyé depuis l’un des « angles morts » de la République démocratique du Congo. Le Dr Patient Diwunga, en poste à l’Hôpital général de référence de Kole, dans la province du Sankuru, a décidé de briser le silence. Ses mots ne sont pas une simple plainte administrative ; ils sont le procès-verbal d’un abandon d’État.
Un saut dans le temps… en arrière
À Kole, le temps semble s’être figé à l’époque coloniale, mais sans la maintenance. Les infrastructures de santé, héritage d’un autre siècle, ne sont plus que des carcasses dégradées. « Pas un centimètre d’asphalte », nous écrit le médecin. Dans cette enclave du centre du pays, l’électricité est un luxe inconnu et la modernité une rumeur lointaine.
Ici, on ne soigne pas avec des protocoles de pointe, on soigne par « miracle ». Le Dr Diwunga dresse l’inventaire d’un dénuement total :
- Zéro oxygène : pour les patients en détresse respiratoire.
- Zéro imagerie : aucun moyen de voir l’invisible.
- Zéro banque de sang : la chirurgie devient une roulette russe.
- Zéro morgue : même la mort n’y a pas de dignité.
Le retour des molécules bannies
Le plus terrifiant reste sans doute l’arsenal thérapeutique. Faute de pharmacie digne de ce nom et d’approvisionnement régulier, les praticiens en sont réduits à utiliser des molécules comme le chloramphénicol, un antibiotique largement retiré des marchés internationaux en raison de sa toxicité potentielle.

« La population vit miraculeusement… les malades sont guéris grâce à Dieu », soupire le médecin.
L’argent du pays : « 1 dollar peut sauver »
L’appel du Dr Diwunga se termine par une charge virulente contre la corruption et le détournement des deniers publics. C’est le cri du cœur d’un homme qui voit l’argent s’évaporer dans les salons de Kinshasa pendant que ses patients s’éteignent faute de soins de base.

« SVP quand vous détournez l’argent du pays, pensez aux plus pauvres, 1$ peut sauver un malade !!! », lance-t-il, s’adressant directement aux décideurs.
À Kole, l’Hôpital général de référence n’a plus de « référence » que le nom. Il est devenu le symbole d’une province, le Sankuru, qui attend toujours que les promesses de développement franchissent les frontières de la forêt équatoriale.
Salomon BIMANSHA
