
Voici une analyse détaillée de l’impact de ce décaissement de 445 millions USD (au titre de la FEC et de la RSF) sur la stabilité du franc congolais (CDF).
1. Le renforcement du « matelas » de devises
L’effet le plus immédiat est mécanique : ce financement vient gonfler les réserves internationales de la Banque Centrale du Congo (BCC).
- Capacité d’intervention : Avec des réserves qui avoisinent désormais les 7,5 milliards USD (soit près de 3 mois de couverture d’importations), la BCC dispose d’un levier plus puissant pour intervenir sur le marché des changes. En cas de surchauffe ou de dépréciation brutale, elle peut vendre des dollars aux banques commerciales pour éponger l’excès de francs congolais et stabiliser le cours.
- Soutien à la balance des paiements : Ce fonds aide à couvrir le déficit courant, évitant que la demande de devises pour les importations (carburants, denrées alimentaires) ne fasse s’effondrer la monnaie nationale.
2. Le choc de confiance et la lutte contre la spéculation
Le marché des changes à Kinshasa est très sensible aux anticipations.
- Signal de crédibilité : Le feu vert du FMI agit comme un « label de qualité ». Il indique aux opérateurs économiques (importateurs, banques, miniers) que le cadre macroéconomique est sous contrôle. Cela réduit la pression spéculative : les acteurs sont moins tentés de se ruer sur le dollar par peur d’une dévaluation future.
- Attraction de capitaux : Ce satisfecit du FMI facilite également d’autres financements (Banque mondiale, partenaires bilatéraux), augmentant ainsi l’offre globale de devises dans l’économie.
3. La discipline budgétaire : fin de la « planche à billets »
L’accord avec le FMI impose une gestion rigoureuse des finances publiques.
- Équilibre monétaire : En recevant cet appui budgétaire, le gouvernement réduit la tentation de solliciter des avances auprès de la BCC pour financer ses dépenses (notamment sécuritaires). Historiquement, le financement monétaire du déficit (la « planche à billets ») a toujours été le principal moteur de l’hyperinflation et de la chute du franc congolais.
- Coordination : Le FMI salue une meilleure coordination entre la politique budgétaire (ministère des Finances) et la politique monétaire (BCC), garantissant que l’excès de liquidités en francs est mieux maîtrisé.
4. Les limites et facteurs de risque
Malgré ce signal positif, le franc congolais reste sous pression pour plusieurs raisons :
- Le poids de la guerre à l’Est : Les dépenses militaires imprévues pèsent lourdement sur le budget. Si ces dépenses excèdent les prévisions, elles pourraient forcer le gouvernement à puiser dans ses ressources, affaiblissant l’effet bénéfique du prêt du FMI.
- La dépendance minière : Le cours du franc reste lié aux prix mondiaux du cuivre et du cobalt. Une baisse des cours mondiaux réduirait les entrées de devises, rendant le décaissement du FMI moins efficace pour stabiliser la monnaie.
- L’inflation importée : Même si le taux de change se stabilise autour de 2 300 – 2 500 CDF pour 1 USD, les prix sur le marché ne redescendent pas forcément au même rythme, ce qui maintient une pression sociale forte.
En résumé : Ce décaissement est une bouée de sauvetage cruciale qui permet de maintenir le franc congolais dans une zone de stabilité relative à court terme. Toutefois, la pérennité de cette stabilité dépendra de la capacité du gouvernement à contenir les dépenses de défense et à diversifier l’économie.
Salomon BIMANSHA
