
DÉCRYPTAGE. Le général-major Sylvain Ekenge a été suspendu ce lundi après des propos jugés discriminatoires envers la communauté tutsie. Une décision brutale qui illustre la volonté de la présidence de ne pas laisser le discours de haine s’installer au sein de l’appareil sécuritaire.
L’uniforme ne protège plus de tout, surtout pas de la parole toxique. Ce lundi, le couperet est tombé pour l’une des figures les plus médiatisées de la République démocratique du Congo : le général-major Sylvain Ekenge. Le porte-parole des Forces armées (FARDC) a été officiellement suspendu par le chef d’état-major général, sur fond de scandale éthique et politique.
La théorie du complot « biologique »
À l’origine de cette disgrâce, une sortie de route verbale survenue samedi dernier. Dans une déclaration qui a rapidement enflammé les réseaux sociaux, le général Ekenge s’est aventuré sur le terrain glissant de l’ethno-stratégie. Ses propos visaient directement les femmes de la communauté tutsie, leur prêtant un prétendu stratagème de procréation destiné à assurer une « suprématie » communautaire sur le long terme.
En s’attaquant ainsi au berceau d’une composante de la nation, l’officier supérieur a franchi une ligne rouge. Pour de nombreux observateurs, ce discours rappelait les heures les plus sombres de la région, où la stigmatisation biologique a souvent servi de prélude aux violences de masse.
La ligne rouge de Félix Tshisekedi
Si la suspension a été rapide, c’est qu’elle touche un nerf à vif de la politique du président Félix Tshisekedi. Depuis son arrivée au pouvoir, le chef de l’État s’astreint à un exercice d’équilibrisme périlleux : combattre la rébellion du M23 — soutenue, selon Kinshasa et l’ONU, par le Rwanda — tout en martelant que le conflit n’est pas ethnique.
Le président l’a répété à maintes reprises : les Tutsis congolais sont des citoyens à part entière. En laissant un haut gradé diffuser des théories discriminatoires, le pouvoir risquait de donner raison à ceux qui accusent Kinshasa de dérive identitaire. La mise à l’écart d’Ekenge sonne donc comme un acte de « nettoyage » sémantique : l’armée doit rester le bouclier de tous les Congolais, sans distinction d’origine.
Une armée sous surveillance
Cette suspension soulève également la question de la discipline interne au sein de la grande muette. En période de guerre dans l’Est, la communication de l’armée est une arme de précision. Un porte-parole qui devient une source de polémique internationale est un luxe que l’état-major ne peut plus se permettre.
Reste à savoir si cette sanction est un signal définitif ou une mise au vert temporaire le temps que l’émotion retombe. Pour l’heure, le silence est revenu dans les bureaux du général Ekenge. Un silence qui, à Kinshasa, en dit long sur la nervosité du sommet de l’État.
Salomon BIMANSHA
