
CHRONIQUE. Douze ans après sa disparition tragique le 2 janvier 2014, la figure du colonel Mamadou Ndala demeure, dans l’imaginaire congolais, l’incarnation d’une armée debout et d’un espoir foudroyé. Retour sur le destin d’un officier devenu mythe.
C’était un 2 janvier. Un lendemain de fête où la gueule de bois de la République démocratique du Congo allait se transformer en deuil national. Sur la route de Beni, au Nord-Kivu, une roquette mettait fin prématurément au destin du colonel Mamadou Ndala. Douze ans plus tard, le souvenir de l’officier de la force de réaction rapide des FARDC ne s’est pas émoussé. Au contraire, il s’est pétrifié dans le marbre de l’héroïsme populaire.
L’homme qui a brisé le signe indien
Pour comprendre l’aura de Mamadou Ndala, il faut se replacer dans le contexte de l’année 2013. À l’époque, l’armée congolaise est moribonde, humiliée par des décennies de revers. C’est lui, ce jeune officier au charisme magnétique et au treillis impeccable, qui va rendre aux soldats le goût du combat et aux civils celui de la fierté.
En reprenant, avec ses hommes et le soutien de la brigade d’intervention de l’ONU, les bastions du M23, Ndala n’a pas seulement gagné une bataille militaire ; il a gagné la bataille des cœurs. On se souvient de ces images, presque surréalistes, où les populations de Goma acclamaient les chars de l’armée régulière. Un plébiscite que la province n’avait pas connu depuis des lustres.
Un style, une rupture
Ce qui frappait chez Ndala, c’était ce mélange de rigueur martiale et de proximité presque charnelle avec ses troupes. Il n’était pas un officier de salon, mais un homme de terrain, capable de haranguer ses unités sous un feu nourri. À une époque où la hiérarchie militaire était souvent accusée de connivence ou de passivité, il incarnait la rupture : celle de l’efficacité et de la loyauté absolue au drapeau.
L’ombre du doute
Sa mort, dans une embuscade officiellement attribuée aux rebelles ADF, n’a jamais fini de nourrir les soupçons. Trop populaire ? Trop efficace ? Trop indépendant ? Comme souvent dans les tragédies congolaises, la disparition du héros pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Le procès qui a suivi a condamné les exécutants, mais le mystère des commanditaires reste, pour beaucoup de Congolais, une plaie béante.
Un héritage en héritage
Aujourd’hui, alors que l’Est de la RDC est de nouveau en proie aux flammes et aux instabilités, le nom de Mamadou Ndala revient comme un refrain. Il est devenu l’étalon-or à l’aune duquel on mesure chaque nouvel officier envoyé au front.
Mamadou Ndala n’est plus, mais son fantôme hante les collines du Kivu. Il rappelle aux vivants qu’en RDC, la gloire est souvent éphémère, mais que l’exemple d’un seul homme peut suffire à relever une nation. Douze ans après, le pays ne pleure plus seulement un soldat, il cherche son successeur.
Salomon BIMANSHA
